
« Pillion » de Harry Lighton, avec Harry Melling, Alexander Skarsgård, Lesley Sharp et Douglas Hodge. Ray, un superbe biker blond, viril et autoritaire, rencontre Colin, un jeune brun quelconque, prédisposé à la soumission. Dès lors commence entre eux une romance sadomasochiste, sans nuance de ton, où le dominateur, va initier son partenaire aux rites codifiés propres à leur rituel consacré. Une relation particulière où l’adoré, « beau comme un dieu », doit imposer en toute rigueur sa loi à son adorateur consentant. Un amour possible mais strictement non égalitaire, sous peine de dissolution du sentiment amoureux. Premier long métrage du réalisateur britannique Harry Lighton, « Pillion » présenté dans la section Un Certain Regard au dernier Festival de Cannes à été récompensé du Prix du scénario. Précisons encore qu’en anglais, le mot pillion désigne la place du passager sur une moto. C’est le terme utilisé pour désigner la personne qui s’assoit à l’arrière. Chez les motards gays, cette place arrière est teintée d’une connotation de soumission. Un scénario drôle, qui pose de bonnes questions et, au bout du compte, plus universel qu’il n’y parait. La problématique évoquée ici étant inhérente en effet au machisme originel qui sous-tend les couples en général, bien au-delà du genre de ses partenaires. Mais, une fois le postulat posé et illustré, le film ne m’a pas pleinement convaincu sur la pertinence de son propos. Probablement pour le manque de goût personnel dans les rapports de force en amour ou en amitié... https://www.youtube.com/watch?v=CKUvav6cJOs

« Le Son des souvenirs » de Oliver Hermanus, avec Josh O'Connor, Paul Mescal, Chris Cooper et Molly Price. C’est l’histoire d’un amour qui ne peut se dire entre deux jeunes hommes qu’une identique passion pour la musique réunit. Tout commence en 1917, lorsque Lionel, jeune chanteur talentueux originaire du Kentucky, quitte la ferme familiale pour intégrer le Conservatoire de Boston. Là, il fait la rencontre de David, un étudiant en composition, tout aussi brillant que lui. Mais leur amour naissant sera brutalement interrompu par l’entrée en guerre des USA dans le conflit mondial. David est mobilisé et envoyé au front en Europe et Lionel réformé à cause de sa mauvaise vue. Les deux jeunes hommes ne se retrouveront qu’en 1920, le temps d’un hiver, où ils sillonneront les forêts et les îles du Maine pour collecter et préserver les chants folkloriques menacés d’oubli. Une parenthèse déterminante dans l’existence de ces deux hommes pudiques, pour lesquels les paroles sentimentales des chansons traditionnelles parlent mieux que leurs propres mots. Un moment inoubliable de partage et de silence, à la suite duquel chacun devra suivre son chemin. Le destin les réunira t-il à nouveau ? Le réalisateur Sud-africain Oliver Hermanus, 42 ans, nous offre ici une romance pleine de chants et de larmes, dans la lignée de « Brokeback Mountain » de Ang Lee, mais où les cowboys cèdent la place à deux musiciens dont les amours homosexuelles s’inscrivent dans un contexte bien antérieur au leur. Un film tout en grâce et sensibilité, porté par deux stradivarius de l’interprétation cinématographique ! https://www.youtube.com/watch?v=iK2IPpICqZg

« Maigret et le mort amoureux » de Pascal Bonitzer, avec Denis Podalydès, Anne Alvaro, Manuel Guillot, Irène Jacob et Dominique Reymond. Entre diplomates et aristocrates, un Maigret situé du côté du faubourg Saint-Germain et transposé à l’époque des téléphones portables. Délicieusement désuet et intemporel. Certes, l’énigme à résoudre n’est pas des plus terribles, mais les personnages, bien campés et interprétés, semblent tout droit sortis d’une comédie policière de boulevard. Un Simenon entre Marcel Proust et Sacha Guitry. https://www.youtube.com/watch?v=mbTO74Jdg1E

Les dérives du capitalisme « Marty Supreme » de Josh Safdie, avec Timothée Chalamet, Gwyneth Paltrow, Odessa A’zion, Kevin O’Leary et Abel Ferrara. Le tapage promotionnel et les 9 nominations aux Oscar autour de ce film « à voir absolument » me faisaient craindre le pire. D’autant plus que l’histoire, inspirée des mémoires de Marty Reisman, un prodige new-yorkais du tennis de table des années 1950 n’avait rien de réjouissant en soi. Eh bien, contre toute attente, j’ai été emporté par le tourbillon endiablé de ce film d’action et de pur divertissement nous contant les tribulations d’un jeune Rastignac de la raquette en quête de gloire et de fortune. Porté par un indéniable bagout et croyant en son génie pongétique, notre héros doit affronter successivement ou parallèlement : une mère juive quelque peu abusive ; une petite amie, jeune femme mariée, voulant absolument lui faire endosser sa grossesse ; d’impitoyables hommes d’affaires sans états d’âme ; des sélectionneurs internationaux plus stratégiques que sportifs et même un dangereux mafioso sanguinaire ! Devant la grande machinerie parfaitement huilée de Josh Safdie, son scénario taillé sur mesure avec le concours de Ronald Bronstein, une mise en scène efficace et l’interprétation époustouflante de Timothée Chamalet, mêlant la nervosité d’un Pierre Niney au charme charismatique du jeune Leonardo DiCaprio, je n’ai pu que m’incliner. https://www.youtube.com/watch?v=BiyHSsWZXEs

« Les Dimanches » de Alauda Ruíz de Azúa, avec Blanca Soroa, Patricia López Arnaiz et Juan Minujin. Primé de la Coquille d'Or au dernier festival international du film de Saint-Sébastien, ce troisième long-métrage de la cinéaste basque quarantenaire Alauda Ruiz de Azua, qui s’est fait par ailleurs remarquer pour sa série « Querer », s’inscrit désormais en bonne place dans la veine des films religieux chrétiens. Tels ceux directement adaptés des romans de Georges Bernanos : « Journal d'un curé de campagne » de Robert Bresson (1951), « Le Dialogue des carmélites » de Philippe Agostini et Raymond Léopold Bruckberger (1960), « Sous le soleil de Satan » de Maurice Pialat (1986) ou encore « La Religieuse » de Denis Diderot par Jacques Rivette (1966) et « Théorema » de Pier Paolo Pasolini (1968). « Les Dimanches » du latin dies Dominicus , jour du seigneur, nous conte la découverte par Ainara, 17 ans, de sa vocation religieuse. Jeune fille d’apparence moderne, comme toutes ses amies pensionnaires de l’établissement scolaire privés où elle achève ses études secondaires, et les garçons de la chorale qu’elle retrouve durant les week-ends, et avec lesquels elle partage les mêmes loisirs et discutions adolescentes, Ainara, pressée par sa famille de choisir les études qu’elle veut entreprendre à l’université, va devoir leur révéler son voeu le plus secret : retourner au couvent pour une période probatoire afin de savoir, aidée par soeur Isabel, la mère supérieure, et son confesseur, si elle est vraiment appelée à devenir nonne. Une révélation qui va semer le trouble au sein de sa propre famille, qui a pour habitude de se réunir dans le grand appartement de la grand-mère afin de partager le repas dominical. Ancrée dans l’Espagne post franquiste, balayée par les vents nouveaux de la movida, les membres de cette famille, libérale et progressiste, vont réagir chacun à sa manière. La grand-mère, pour sa part, se désole surtout de la perspective d’être privée de la présence de sa petite-fille, lorsqu’elle sera cloîtrée. Son père, veuf, élevant ses trois filles, pourvu d’une nouvelle compagne et lourdement endetté par les travaux de rénovation de son restaurant, semble surtout soucieux du bonheur de sa fille aînée, mais rassuré aussi de ne plus l’avoir à charge. Quant à sa tante, qui sert à Ainara de mère de substitution, manager culturelle, qui se dit non croyante mais respectueuse de la foi des autres, surtout quand ce n’est pas dans sa propre famille, se montre la plus effrayée par la décision de sa nièce, et la plus combative pour la faire changer d’avis. Grâce à ses dialogues finement écrits, ses cadrages soignés des visages des protagonistes et l’interprétation sensible des acteurs, la narration de Alauda Ruíz de Azúa, tout en nuance et sans parti pris affiché, nous conte toutefois une histoire de foi et d’amour, où la raison et la tolérance ne se trouvent pas toujours du côté que l’on pensait. https://www.youtube.com/watch?v=JTU224MnTUM

« The Mastermind » de Kelly Reichardt, avec Josh O'Connor, Alana Haim et John Magaro. Au tournant des années 1970, on a assisté, entre le Nouvel Hollywood et le cinéma indépendant, à l’émergence d’un cinéma d’auteurs américains. Nourris du cinéma européen, leurs représentants nous ont donné à voir des films tels que « Le lauréat » de Mike Nichols (1967), « Bonnie and Clyde » d’Arthur Penn (1967), « Macadam Cowboy » de John Schlesinger (1968), « L'étrangleur de Boston » de Richard Fleisher (1968), « Klute » de Alan J. Pakula (1971), « Cabaret » de Bob Fosse (1972), « Pat Garrett et Billy the Kid » de Sam Peckinpah (1973), « Mean streets » de Martin Scorsese 1973) ou encore « Une femme sous influence » de John Cassavetes (1974). C’est dans cette veine que s’inscrit la filmographie singulière de la réalisatrice américaine Kelly Reichardt, 61 ans, dont le dernier opus nous renvoie directement à cette époque bénie. Situé dans le Massachussetts de 1970, « The Mastermind » nous conte, sous la forme d’un film de braquage revisité, les tribulations d’un jeune époux et bon père de famille d’origine bourgeoise, en quête de solution radicale et de sensations fortes. Avec deux complices, notre branquignol, dans la peau duquel Josh O’Connor se fond avec un délice visible, s’introduit dans un musée et dérobe des tableaux de valeur. Mais ne se reconvertit pas dans le trafic d'œuvres d'art qui veut. Loin d’enrichir notre artisan menuisier au chômage, cet exploit marque plutôt le début d’une dégringolade irrémédiable. Ce à quoi s’attache principalement le film de Kelly Reichardt. Avec son éclairage glauque, ses longs plans rythmés exclusivement par une musique jazzy lente et nostalgique, sur fond d’une jeunesse contestataire contre la guerre du Vietnam et passablement hippie, ce film d’errance plus que d’action, nous restitue, via une galerie de portraits et de lieux sinistres, une ambiance vintage particulièrement déconcertante. Une vision de l’Amérique dans laquelle les oeuvres originelles, mentionnées plus haut, nous avaient donné à espérer. Un film peu réjouissant, formellement brillant mais limite ennuyeux, dont le seul avantage est de m’avoir mieux fait comprendre comment cette Amérique-là avait pu abandonner, aujourd’hui, les clés du pouvoir au président que l’on sait ! https://www.youtube.com/watch?v=tjPbLXeAm-Y

« Le Gâteau du Président » de Hasan Hadi, avec Baneen Ahmad Nayyef, Sajad Mohamad Qasem, Waheed Thabet Khreibat et Rahim AlHaj. Un film peut-il faire le printemps cinématographique ? C’est en tout cas avec grand plaisir que l’on peut peut assister actuellement à un film de fiction en provenance d’Irak, Premier long métrage de l’acteur et réalisateur Hasan Hadi, ce conte aux allures de film néoréaliste nous ramène à l’ère de Saddam Hussein, dans l’Irak de l’année 1990, bombardé par les Américains. A l’occasion de l’anniversaire du président, que toute la nation se doit de fêter allègrement, sous peine de sanction, la petite Lamia, 9 ans, se voit confier par son instituteur, la lourde responsabilité de confectionner un gâteau. Orpheline d’un pauvre village lagunaire, élevée par la vieille Bibi, femme impotente dont la seule fortune se résume à un coq, celle-ci va devoir se lancer à la recherche des précieux ingrédients, avec l’aide de son ami Saeed, afin de confectionner son gâteau à temps. Une odyssée qui les conduira jusqu’à la grande ville voisine, où les enfants, en proie à tous les dangers, nous permettent de découvrir sur leurs pas, depuis le souk jusqu’à la mosquée, en passant par l’hôpital, le commissariat et la prison, toute la misère du pays. Malgré leur débrouillardise et leur travail, Samia, plus déterminée que Saeed, telle le père du "Voleur de bicyclette" de Vittorio de Sica, film emblématique du néoréalisme italien de la fin de la Seconde Guerre mondiale, se voit contrainte de voler 500 grammes de farine. Un film merveilleux, à dimension politique, porté par des acteurs non professionnels, vu à travers le regard ferme et lucide de deux enfants, qui s’entrainent à ne pas cligner des yeux pour mieux affronter, sans pleurer, le monde en folie des adultes . Une belle leçon de courage et d’espoir. https://www.youtube.com/watch?v=TmUqQA9gAAA

« À pied d'œuvre » de Valérie Donzelli, avec Bastien Bouillon, André Marcon, Virginie Ledoyen et Valérie Donzelli. Dans sa chronique de La République des livres, datée du 29 juillet 2023, Pierre Assouline, membre du jury du Prix Goncourt écrit : « Au moment de boucler cette chronique, un gros paquet de livres bien ficelé cogne à nouveau contre ma porte comme tous les jours désormais. Quand l’un s’échappe pour venir à vous, il faut le prendre comme un signe. Le cas d’A pied d’œuvre de Franck Courtès, 182 pages bien ciselées chez Gallimard. L’histoire authentique d’un photographe, portraitiste à succès dans la presse tendance, qui renonce à cette vie là pour se consacrer à l’écriture. Sa passion de la littérature le mène à la vraie pauvreté. Il en vient à exercer ici ou là mille petits métiers d’appoint juste pour manger- pour une fois, l’expression est juste. Des travaux alimentaires. On pense à l’inoubliable Journal d’un manœuvre de Thierry Metz, lequel avait fini par se suicider. C’est de la même force. Courtès en fait le récit avec une sobriété, une pudeur, une économie de moyens admirables. Terrible. A la toute fin, on lui annonce qu’il figure comme finaliste du Goncourt de la nouvelle. Joie ! Il reçoit des coups de fil de félicitations de toutes parts. Et un autre lui demandant de venir réparer une chasse d’eau dans le VIIe arrondissement. « 25 euros, ça vous va ? ». Dans les dernières pages, il dresse l’inventaire de toutes les taches qu’accomplit au quotidien l’homme à tout faire qu’il est devenu par la force des choses, et de toutes les fonctions qu’il peut remplir. La dernière : « Ecrivain ». Ce n’est pas un roman. » Le film éponyme, sorti cette semaine, est en tout point fidèle au livre. Nous contant l’irrémédiable paupérisation d’un écrivain dans un monde économique largement dominé par l’ubérisation. Bastien Bouillon est convaincant dans le rôle du héros néo pauvre et Virginie Ledoyen parfaite en éditrice peu désireuse d’éditer un auteur de moins de 5 000 lecteurs, quelque soit par ailleurs son talent littéraire. Malgré un sujet me concernant plus ou moins, je n’ai pas été à proprement parler emballé par ce film idéal pour ouvrir un débat sociétal télévisuel, à la manière des Dossiers de l’écran de jadis. Plus anecdotique que franchement sociologique et politico-économique, l'adaptation donnée à voir par la réalisatrice-actrice Valérie Donzelli a le mérite néanmoins de témoigner, à sa manière, que les œuvres de création sont devenues désormais des produits commerciaux comme les autres. Mais ça, vous le saviez déjà, non ? https://www.youtube.com/watch?v=wVQ_44bnZ1k

« La Vie après Siham » de Namir Abdel Messeeh, avec Siham Abdel Messeeh, Namir Abdel Messeeh et Waguih Abdel Messeeh. Le cinéma du réel, c’est de la fiction à l’état brut. Ainsi, Namir Abdel Messeeh (un patronyme qui signifie le serviteur du Messie) ne peut-il s’empêcher de filmer sa propre famille. Sa mère, Siham, préfèrerait qu’il écrive de vrais scénarios et tourne avec des comédiens professionnels, son père, Waguih, souhaiterait pour sa part qu’il trouve un métier plus sérieux et son fils aimerait bien qu’on lui foute la paix ! Qu’importe, sans moyens et sans producteur, même après la mort subite de sa mère, Namir continue de tourner. Mettant au jour des secrets sur ses parents, un couple de chrétiens originaire de la haute Egypte, immigrés en région parisienne dans les années 1970, Namir, seul contre tous, sans moyens ni producteur, construit patiemment son film au fil de longues années. Pour lui, sa caméra est le meilleur moyen de lutter pour ne pas perdre la mémoire. Namir a eu raison de s’obstiner à tourner. Nous donnant à voir aujourd’hui, entre tragédie et comédie, un film de haute intensité émotive, tout en pudeur et authenticité, où le spectateur retrouve les propres traces de sa mémoire. https://www.youtube.com/watch?v=PUNNZzQPFPM

« La reconquista » de Jonás Trueba, avec Itsaso Arana, Francesco Carril et Aura Garrido. Pour le cinéaste madrilène Jonás Trueba, il semblerait que l’amour ne meurt jamais. Déjà dans « Septembre sans attendre » (2024), où après 14 ans de vie commune, un couple décide de divorcer en organisant une fête, comme pour leur mariage, leur séparation n’était pas une fin en soi, mais plutôt une promesse d’avenir. Ici, Manuela et Olmo, qui s’étaient aimés à quinze ans, se retrouvent à trente ans. L’occasion d’une reconquête amoureuse programmée depuis l’adolescence. Un thème récurent pour ce réalisateur dont les scénarios originaux et finement écrits, situés dans le Madrid bohème d’aujourd’hui, sont autant de jeux de l’amour où le hasard n’a pas vraiment sa place. Les mises à distance entre les protagonistes amoureux ne sont que des cycles de respiration contre l’usure du temps, des ouvertures au monde et aux autres, permettant aux couples de mieux se… retrouver. Du cinéma subtil et intelligent, bien construit, porté par des acteurs convaincants et annonciateur de réjouissantes espérances. https://www.youtube.com/watch?v=6wQVoCOhY2U
