
Prosper Mérimée Au chancelier Pasquier, Cannes, 14 février 1859. Nous avons eu ici une cérémonie magnifique ; deux évêques sont venus bénir l’île de Saint-Honorat, achetée récemment par un mulâtre, homme de paille, dit-on, de l’évêque de Fréjus. On va y installer un séminaire ou un couvent. Je me réjouis, pourvu qu’on prenne soin de mes monuments. La destinée de cette petite île est singulière. Elle a appartenu à Mlle Sainval, de la Comédie Française, puis à un boucher de Cannes, enfin à un ministre protestant qui vient de mourir à Cannes. Il y a ici deux chapelles anglicanes, une presbytérienne à l’usage des Écossais, une quatrième pour les protestants français ; enfin un petit temple vaudois. Tout ce protestantisme a effrayé l’évêque de Fréjus, qui, pensant que s’il se portait acquéreur de l’île Saint-Honorat, les Anglais lui feraient aussitôt concurrence, a chargé de l’affaire un mulâtre qui a annoncé l’intention d’en faire une pépinière, et qui a eu l’île pour 55 000 francs. Les flâneur de Cannes conservent cependant le droit d’aller y pêcher des langoustes et de faire de la bouillabaisse sur le rivage. Voilà la grande nouvelle du pays. Je m’empresse de vous en faire part. Correspondance générale

Victor Hugo L’empereur débarqua près de la maison de la douane, haute bâtisse carrée et blanche qui ressemble à une tour recrépie. Il déboucha, à deux cents pas de là, sur la route de Cannes, par un petit chemin mal pavé et couvert d’arbres. Là, il s’assit sous un des oliviers centenaires qui ombragent la route. Je me suis promené longtemps dans ce lieu illustre. Vis-à-vis du petit chemin, au bord de la route de Cannes, sur un étroit plateau autour duquel la terre a croulé, il y a deux mûriers. C’est entre ces deux mûriers que l’empereur se plaça pour passer en revue ce bataillon qui sera dans l’histoire aussi grand que la grande armée. Puis il se dirigea vers l’ouest, passa près de cette vieille batterie basse que je venais de voir, traversa les torrents que je venais de traverser, et une heure après son débarquement il entrait dans Cannes. Ceci se passait le 24 février 1815. Toute cette scène semble vivre encore là. À quelque distance des deux mûriers, on a bâti un cabaret où les soldats viennent boire et sur le mur duquel j’ai déchiffré cette enseigne presque effacée par la pluie : Au débarquement de l’empereur . Arrivé à Cannes, Napoléon laissa à sa gauche le château démantelé de Montgrand, dont la tour carrée, quoique crevassée par la foudre, est encore debout sur la colline qui domine le port. Lui qu’attendait cette prison appelée l’île Sainte-Hélène, il laissa derrière lui cette prison appelée l’île Sainte-Marguerite. Peut-être se retourna-t-il un moment pour donner en passant une pensée au Masque de fer ; mais, trop occupé des mystères de l’avenir pour songer longtemps à ceux du passé, il continua sa marche, entra droit par les montagnes dans la terre de France et se plongea hardiment dans l’inconnu. En voyage

Stendhal Cannes, 21 mai 1838. - Situation à souhait. Là, me disais-je, quand on a horreur des tracasseries du passeport, on peut passer en paix le soir de la vie. Je regardais avec envie, du haut de mon tilbury, de charmantes maisonnettes blanches, situées au milieu des grands oliviers et des bouquets de chênes qui couronnent la montagne au levant de Cannes. (…) Lord Brougham a fait élever son joli petit château au couchant du promontoire couronné par l’église de Cannes, Notre-Dame-d’Espérance, au-delà du torrent du Riou qui a l’honneur d’être traversé par un pont romain sur lequel je viens d’avoir l’honneur de passer. Voyage dans le midi de la France
Aïoli géant du vendredi 21 mai 2010. Cannes-Ail Chaque année, à l’occasion du Festival du Film, le maire de Cannes invite le jury et la presse à un aïoli géant. Une tradition instituée en 1975 par Bernard Cornut-Gentil. Le déjeuner se tenait alors sur la Butte de Saint-Cassien. Aujourd'hui, l'aïoli du Maire, réunissant un millier de personnes, se tient sur la Place de la Castre au Suquet. Prévoir, pour le prochain aïoli, 50 kilos de Pommes de terre, 50 kilos d’haricots verts, 50 kilos de choux fleurs, 30 kilos de carottes, 180 kilos de morue dessalée, 1000 œufs durs et surtout 50 kilos d’aïoli, la célèbre mayonnaise régionale, constituée essentiellement d’ « ail » et d’ « oli » (huile olive en provençal). Rappelons que la 79e édition du Festival de Cannes aura lieu du 12 au 23 mai 2026.

Inaugurée en 1863, sur la section de ligne reliant Les Arcs à Cagnes-sur-Mer, la toute nouvelle gare de Cannes avec sa marquise métallique enjambant les voies. Les métamorphoses d’une gare Qui n’a pas connu l’ancienne gare et la traversée à l’air libre en train du centre de la ville ne sait pas ce que fut la douceur de vivre à Cannes. Construite en 1863 et agrandie en 1883 puis modernisée dans le style Art-Déco vers 1930, l’ancienne gare a été démolie à l’occasion de l’aménagement de la voie rapide au début des années 1960. Durant un bon siècle, les voyageurs purent admirer ici l’élégante silhouette de pierre, de fer et de verre de ses bâtiments et verrières propre au style industriel de la fin du 19e siècle. Mais avec le triomphe de la voiture individuelle et le style de l’époque moderne, c’est tout le réseau ferroviaire intra muros cannois qui s’en trouva changé. Marquant l’apparition d’une nouvelle gare, inaugurée en 1975, et dont on ne peut pas dire que ce fut une franche réussite. Fort heureusement, les dernières rénovations, terminées en 2015, ont redonné un peu d’éclat à ce prestigieux site de communication et d’échange, qui a vu défiler sur ses quais, au fil des temps, les principales personnalités mondiales du Gotha et du 7e art.

Une forteresse inexpugnable. Le secret du Masque de fer Si le Masque de fer est devenu légendaire, c’est la faute à Voltaire, si on en a fait tout un tabac, c’est la faute à Dumas. Troisième et dernier volet de la série romanesque consacrée par Alexandre Dumas aux trois mousquetaires, qui, comme chacun le sait étaient quatre, « Le Vicomte de Bragelonne » met en scène la disgrâce du surintendant Fouquet et propose une solution très romanesque au mystère de l'homme au masque de fer, qui ne serait autre que le frère jumeau du Roi-Soleil, qui ne pouvait être deux. Mais si d’Artagnan et ses compagnons sont des personnages imaginaires, le Masque de fer, lui, fut bel et bien réel. Gardé au secret, sur ordre de Louis XIV, au fort de l’Île Sainte-Marguerite, durant plusieurs années, il fut transféré à la Bastille, où il mourut. Que de livres et de films ont été consacrés à ce mystérieux prisonnier dont, aujourd’hui encore, nous ne connaissons pas précisément l’identité ! Il n’était probablement pas le frère du roi, ainsi que Voltaire, le premier, l’a affirmé. Et son masque de fer n’était en fait qu’un masque de velours, servant à cacher son visage lors de ses transferts.

Voir Cannes en peintures La beauté de ses paysages naturels et la qualité exceptionnelle de sa lumière ont attiré, depuis deux siècles, sur les rivages de la Côte d’Azur, les peintres les plus représentatifs de leur époque. Distinguons ici les principaux peintres natifs de Cannes ou qui s’y sont installé au XIXe siècle et dont on peut toujours admirer les oeuvres au musée des Explorations du monde (anciennement musée de la Castre).



