
Prosper Mérimée
Au chancelier Pasquier, Cannes, 14 février 1859.
Nous avons eu ici une cérémonie magnifique ; deux évêques sont venus bénir l’île de Saint-Honorat, achetée récemment par un mulâtre, homme de paille, dit-on, de l’évêque de Fréjus. On va y installer un séminaire ou un couvent. Je me réjouis, pourvu qu’on prenne soin de mes monuments. La destinée de cette petite île est singulière. Elle a appartenu à Mlle Sainval, de la Comédie Française, puis à un boucher de Cannes, enfin à un ministre protestant qui vient de mourir à Cannes. Il y a ici deux chapelles anglicanes, une presbytérienne à l’usage des Écossais, une quatrième pour les protestants français ; enfin un petit temple vaudois. Tout ce protestantisme a effrayé l’évêque de Fréjus, qui, pensant que s’il se portait acquéreur de l’île Saint-Honorat, les Anglais lui feraient aussitôt concurrence, a chargé de l’affaire un mulâtre qui a annoncé l’intention d’en faire une pépinière, et qui a eu l’île pour 55 000 francs. Les flâneur de Cannes conservent cependant le droit d’aller y pêcher des langoustes et de faire de la bouillabaisse sur le rivage. Voilà la grande nouvelle du pays. Je m’empresse de vous en faire part.
Correspondance générale







