by Jacky Barozzi 4 September 2026
Vie majuscule de Mouna Aguigui Je me souviens que vers la fin des années 1960, telle une hirondelle annonçant le printemps, Mouna Aguigui faisait son apparition dès les premiers jours du Festival de Cannes. Avec son vélo, sa barbe fleurie, son béret auréolé de badges, il venait haranguer la jeunesse à la sortie du lycée Carnot. Anarchiste flamboyant et sans âge, anticapitaliste, antimilitariste et écologiste avant l’heure, il nous assaillait de slogans tout à la fois surréalistes et pré soixante-huitards : « Le caca, le pipi, le capitalisme ! », « J'irai cracher sur vos bombes ! », « Mieux vaut être actif aujourd'hui que radioactif demain ! ». Acteur complet, il n’hésitait pas à joindre le geste à la parole : « Et prenez en de la graine » nous criait-il en nous envoyant une poignée de grains ! Agitant une balayette de chiotte, tel un sceptre royal, il nous prédisait : « votre avenir est bouché, je vais le deboucher ! ». À la fin de son stand up hilarant et après une dernière recommandation : « Riez et vous serez sauvés ! », il nous proposait de lui acheter son journal : « Lisez le Mouna-Frères et retirez-vous dans un Mouna-stère où on boira de la li-mounade… ! » La saison cannoise achevée, il repartait prêcher la bonne parole au Festival d’Avignon. Plus tard, je l’ai croisé plusieurs fois à Paris, dans les années 70-80 : au Quartier Latin, à Saint-Germain-des-Prés ou sur l’esplanade du plateau Beaubourg, toujours fidèle à lui-même et inchangé. Mais qui était donc Mouna Aguigui ? André Dupont est né le 1er octobre 1911 à Meythet (Haute-Savoie), dans une famille de cultivateurs : « J'ai perdu mon père quand j'avais sept ans. Un matin, j'avais neuf ans, ma tante m'a réveillé en m'annonçant : ta mère est morte. Ça fait un drôle d'effet », confessera t-il. Il est alors recueilli avec son frère aîné par cette tante, chez qui ils seront garçons de ferme, couchant à l’étable avec les vaches. À l’âge de 13 ans, il fut garçon de café puis chômeur et, à 17 ans, s’engagea dans la Marine mais s’en fit exclure pour avoir refusé les avances d'un supérieur. Il se maria en 1939, juste avant d’être mobilisé pour la drôle de guerre dont il en sortira « antimilitariste convaincu ». À la Libération, il s’inscrivit au Parti communiste français (PCF) où après avoir été un temps un militant « pur et dur », il finira par en être pareillement exclu. Au début des années 50, il s’installe à Nice et y tient une pension de famille. Dès l’été 1952, il multiplie les apparitions publiques dans Antibes, où, avec son accoutrement bariolé, il acquiert une réputation d'excentrique, voire de fou. Séparé de sa femme, il monte ensuite à Paris, et s’installe comme cafetier-restaurateur avec son frère aîné, face à la Bibliothèque nationale de France, au coin de la rue de Richelieu et du square Louvois. D’où lui vient ce drôle de nom ? Un jour qu'il réfléchissait sur l'absurdité de la vie, il se serait soudainement écrié : « Aguigui Mouna… et voilà. J'ai commencé à me déguiser, à mettre un hareng-saur dans une cage à la vitrine de mon restaurant… la mutation quoi ». Ajoutant, au sujet de la société contemporaine : « On devient gaga, complètement gaga, fini, usé, terminé… gaga, agaga, agogo, gogo, agag, aguigui… aguigui ! » Par la suite, ayant fait faillite, quitté par sa nouvelle compagne qui ne supportait plus ses excentricités, il décida de se consacrer pleinement à son activité d'imprécateur public et prit la route pour professer sa philosophie, à Paris comme sur la Côte d'Azur. Il fonda alors le club des aguiguistes, censé apporter gaieté, joie et optimisme. Découvrant la photographie d'Einstein tirant la langue, il lui écrivit pour lui proposer la présidence d'honneur de son club. Celui-ci accepta et lui répondit : « N'hésitez pas à accrocher dans votre restaurant mon portrait qui, du reste, illustre bien mes convictions politiques. » Et c’est ainsi qu’après une vie bien remplie, André Dupont dit Mouna Aguigui mourut d’un arrêt cardiaque, à l'hôpital Bichat, à Paris, le 8 mai 1999, à l’âge de quatre-vingt-sept ans.  https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/i06142661/mouna-aguigui-au-festival-de-cannes
by Jacky Barozzi 31 August 2026
Première photo du baby boomer Voilà le bébé Cadum de légende des années 1950 que je fus ! Une icône tout à la fois singulière et universelle. Une image emblématique, quasi mythologique, que toutes les mamans voulaient posséder. Persuadées qu’elles étaient, que leur bébé était le plus beau, l’unique. Bien sûr ! Nombreux pourtant sont les baby boomers qui possèdent un portrait identique dans leurs albums de famille. Ah ! qui dira les ravages des premières réclames consuméristes de l'Après-Guerre ?
by Jacky Barozzi 30 August 2026
Comme un air de famille 1 - Mon grand-père. Erminio Barozzi. Né à Monfestino en Italie en 1864 et mort à Cannes en 1942.
by Jacky Barozzi 30 August 2026
Mon grand-père paternel Mon grand-père Erminio Barozzi est né le 1er juillet 1864, à Monfestino, une ville des environs de Modène. C’est imprimé en toutes lettres dans son acte de décès, établi par la mairie de Cannes, où il est mort le 29 avril 1942, à l’hôpital Saint-Dizier, qui m’a vu naître dix ans plus tard. Il avait alors 78 ans et la zone Sud de la France était alors occupée par l’Italie. Le document mentionne la profession de jardinier et indique qu’il était le fils de Joseph Barozzi et de Joséphine Venturelli. Il précise aussi qu’il était l’époux de Julia Bertachini (sic), toujours vivante (elle est morte en 1950, à l’âge de 83 ans). Mais c’est sa fille, Henriette, qui a fait la déclaration de décès. C'est d’ailleurs à son adresse du Suquet qu’officiellement demeurait son père. De fait, je savais que mes grands-parents étaient séparés, mais je croyais que mon grand-père était mort quelque part de l’autre côté de la frontière italienne. Ma cousine Marie-Jeanne, fille d'Henriette, m’a appris que sa mère avait été le récupérer à la gare de Vintimille et l’avait ramené chez eux, où il passa ses dernières années. Au grand dam de Julia Bertagnini, son épouse, qui se fâcha avec sa fille Henriette, lui reprochant d’avoir réintroduit : « Judas ! » Que lui reprochait-elle ? L’avait-il abandonnée ? Plutôt fuie ? Car elle était du genre coriace, d’après ce que l’on m’en a dit ! Il l’a peut-être quittée sur un coup de tête, se réfugiant en Italie, mais il est revenu mourir près d’elle, et de leur maison de Rocheville. Néanmoins, ma grand-mère ne réclama pas son corps. Aujourd’hui, il n’y a plus la moindre trace de lui, à part un portrait photographique, pris quelque temps avant sa mort, désormais en ma possession. 
by Jacky Barozzi 26 August 2026
Ma grand-mère paternelle Partis de Modène, mes aïeux sont arrivés à Cannes, en passant par le Piémont, dans les dernières années du 19e siècle. Julia Bertagnini épouse Barozzi(1867-1950), est morte à Cannes huit ans après son mari, à l'âge de 83 ans. Le couple s’était séparé durant la Seconde Guerre mondiale, tandis que les Italiens occupaient Cannes. Elle n’avait pas réclamé le corps de son mari et demeure seule dans le caveau familial du cimetière du Grand Jas, où plus tard l’a rejoint son fils aîné, mon oncle Annibal Barozzi (1893-1971). Le patronyme Bertagnini ne se rencontre que dans une seule région d’Italie : Massa Carrare, à l’extrémité nord de la Toscane, que la chronique historique déclare être passée sous la domination de Modène, au début du XIXème siècle. La photo originale de ma grand-mère, ci dessus est la seule en ma possession. Elle date probablement de la fin du 19e ou du début 20e siécle ? Ci-dessous, les photos obtenues avec le concours de l’IA qui m'ont été proposées. Mais comment savoir laquelle est la plus fidèle, moi qui suis né deux ans après sa mort ? 
by Jacky Barozzi 24 July 2026
Le génie de l’Intelligence artificielle À partir de cette photo en noir & blanc de mon père, Eugène Barozzi, alors âgé d’une quarantaine d’années, les virtuoses de l’IA me proposent cette version colorisée où il apparait tel qu’en lui-même, plus chic et plus moderne… 
by Jacky Barozzi 25 June 2026
Eugène Barozzi (1907-1962). 
by Jacky Barozzi 23 June 2026
Juin 1968. Ma mère et moi dans la salle à manger de notre appartement du 119, boulevard Paul-Doumer. La devise de ma mère Aux alentours de 7 heures du matin, tout juste levé et tandis que je trouvais mon petit-déjeuner servi dans la cuisine : café au lait fumant, tartines de pain frais (nous habitions à côté de la boulangerie Bergia dont on pouvait sentir les effluves), beurrées et confiturées à souhait (faite maison, la confiture), ma mère se précipitait dans ma chambre. Elle ouvrait en grand la fenêtre, défaisait entièrement mon lit, revenait y secouer vigoureusement les draps, la couverture, le dessus et la descente de lit, non sans vérifier au préalable que personne ne passe en dessous. Elle recueillait ensuite la poussière sur mon bureau et les rayonnages de ma bibliothèque, puis rinçait le sol à grands coups de serpillière. Plus tard, quand je recouvris les tomettes rouges de ma chambre d’une moquette beige clair, elle recourut aux services d’un aspirateur, acquis à cette fin, dont elle utilisait consciencieusement le grand sac d'emballage pour faire ses courses à Cannes : la publicité affirmant alors que si l’on rencontrait l’Ami Singer dans la rue, le prix de l’appareil acheté vous était remboursé. Curieusement, elle ne rencontra plus jamais par la suite le représentant qui était venu la démarcher à domicile ! Enfin, en sortant de la salle de bain, je pouvais enfiler mes vêtements, fraîchement lavés et repassés et partir au lycée. La maison nettoyée et rangée, ses enfants partis, ma mère pouvait alors commencer sa journée de travail à l'extérieur, consistant essentiellement à aller faire le ménage chez les autres. Aussi, quand je lui demandais s’il était bien nécessaire de le faire à la maison chaque jour de la semaine, excepté le dimanche, jour du Seigneur, ma pieuse mère me répondait invariablement, mais d’un ton qui se voulait sans appel, que nous étions certes : « Pauvres, mais propres ! » Telle était sa devise. Amen.
by Jacky Barozzi 22 June 2026
« Le Velo Solex de monsieur Tati est avancé ! ». Festival de Cannes 1958. Les chemins de la mobilité En 1963, à onze ans, avec l’argent de poche gagné à la sueur de mon front, je me suis offert mon premier vélo, acheté chez le marchand de cycles du carrefour de Rocheville, monsieur Petit, qui était plutôt grand et sec comme un jour sans pain ! Un vélo demi-course rouge d’occasion, que j’ai usé jusqu’à la corde en attendant l’âge légal (14 ans ?) pour pouvoir passer au Vélo Solex à moteur. J’en ai épuisé toute un batterie, depuis les anciens modèles noirs jusqu’aux nouveaux en couleurs. Tous achetés chez le principal concessionnaire de la marque, situé à l’époque au bas du boulevard Carnot. Je crois me souvenir qu’un Solex coûtait environ 35 000 anciens francs, que je payais cash avec mes premiers salaires de garçon de café, à la fin de la saison d’été. Ainsi avais-je un engin tout neuf en retournant au lycée. Plus tard, mon frère aîné, José, m’a rétrocédé sa mobylette bleue, au moteur bridé et au tuyau d’échappement scié, dont les trépidations me permettaient de sillonner, dans un bruit d’enfer, la route du bord de mer entre Saint-Raphaël et Nice puis de grimper en slalomant sur la piste en lacets conduisant jusqu’à Lucéram, le village de mes grands-parents maternels. Le roi alors n’était pas mon cousin !
by Jacky Barozzi 22 June 2026
16 ans en 1968.
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