Vue de l’église de Lucéram depuis le parking de la route de l’Authion. Ma grand-mère de Lucéram J’aimais beaucoup ma grand-mère maternelle, Joséphine Dalmas, née Paul. Adolescent, j’allais souvent partager mes quelques rares journées de vacances avec elle, alors veuve et solitaire, dans notre maison familiale de la rue de la Tour à Lucéram. C’était une vieille femme douce et calme, toute petite, rondouillette sans être grosse, qui avait eu neuf enfants. Contrairement à ma mère, particulièrement nerveuse et exaltée, qui se flattait d’avoir été éduquée chez les religieuses à Nice, et tenait sa mère pour une paysanne, ma grand-mère n’était pas très croyante. Le maire communiste du village était d’ailleurs l’un de nos cousins. Enfant, j’étais déjà très agaçant avec mes questions. Questions auxquelles elle répondait toujours avec précision et gentillesse. Elle me raconta que ses parents l’envoyait à l’école seulement les jours de pluie, le reste du temps elle devait aller travailler dans nos champs et nos campagnes, comme tous les enfants du village. Elle n’avait appris qu’une fable de la Fontaine, celle du Laboureur et de ses enfants , qu’elle me récitait de sa petite voix chevrotante et sa principale lecture était Le Patriote , le quotidien communiste Niçois de l’époque. Un jour que je lui demandai : « Mémé, pourquoi es-tu communiste ? », elle me répondit que c’était grâce au Front Populaire qu’elle avait droit désormais à une retraite et à la sécurité sociale en tant qu’épouse d’agriculteur, elle qui n’avait joui d’aucune allocation familiale pour élever ses enfants au début du XXe siècle. Habillée d’une blouse noire toute la semaine, le dimanche matin elle revêtait son unique robe bleue marine à pois blanc et partait toute pimpante à la messe. Quand je lui demandai : « Mémé pourquoi vas-tu à la messe, alors que tu es communiste ? », elle me répondit, tout aussi calmement, que l’un n’empêchait pas l’autre et que c’était pour elle comme d’aller au théâtre. Cela lui permettait en outre de rencontrer tous ses parents et connaissances et d’avoir ainsi les dernières nouvelles du village. Elle est morte en mai 1968 et fut enterrée le jour où je passai les épreuves du brevet. Je n’ai donc pas pu assister à la cérémonie funéraire, mais je ne manque jamais d’aller me recueillir sur sa tombe chaque fois que je passe à Lucéram.

Légende 1 : C’est reparti pour un tour ! Depuis près de quatre-vingts ans, le petit monde du cinéma se retrouve régulièrement au Festival de Cannes. Un rendez-vous incontournable, auquel, mondovision oblige, nul habitant de la planète n’est tenu d’échapper. La 79e édition se tiendra du 12 au 23 mai 2026. Le cinéaste sud-coréen Park Chan-wook présidera le jury. Cette année, le réalisateur néo-zélandais Peter Jackson et l'actrice et chanteuse américaine Barbra Streisand recevront une Palme d'honneur. Eye Haïdara sera la maîtresse de cérémonie d'ouverture et de clôture du Festival et le film d'ouverture programmé est La Vénus électrique de Pierre Salvadori (interruption momentanée, pour cause d’actualité, de la série Le Festival de Cannes en légendes).

Légende 1 : En 1956, le plus jeune et le plus discret des mousquetaires de la Nouvelle Vague, Louis Malle, prit tout le monde de court en emportant à Cannes, à 23 ans, la Palme d’Or pour Le Monde du silence . Un prix partagé il est vrai avec le Commandant Cousteau. Qui plus est, pour un documentaire, qui recevra l’année suivante, un Oscar aux États-Unis. Inspiré d’un livre éponyme de 1953, l’originalité de ce film, d’une durée d’une heure et vingt-six minutes, est due principalement à ses plans d’explorations sous-marines en couleur. Cette année-là, citons parmi les autres films en compétition : Le Mystère Picasso de Henri-Georges Clouzot, Sourires d'une nuit d'été d'Ingmar Bergman, L'Homme qui en savait trop d'Alfred Hitchcock, Vivre dans la peur d'Akira Kurosawa ou encore La Complainte du sentier de Satyajit Ray.

Légende 1 : Claude Lelouch est né au Festival de Cannes en 1966, avec une Palme d’or dans son berceau par la grâce de Un homme et une femme , avec Anouk Aimée et Jean-Louis Trintignan. Cinéaste de l’amour, à la caméra virevoltante traduisant le rythme frénétique du « Daba Dabada Daba Dabada » des coeurs de ses personnages, Claude Lelouch a connu ensuite une éducation plus problématique sur les bancs de la Croisette. En 1968, il figurait en bonne place parmi les contestataires qui parviendront à interrompre le Festival de Cannes. En 1972, son film en compétition L’aventure, c’est l’aventure fut fraîchement accueilli et en 1974, avec Toute une vie , présenté hors compétition, il fut passablement chahuté. Au point que cette année-là il déclara : « Tous les gens qui viennent à Cannes sont maso. On ne peut pas venir ici si on est normal. C’est une foire. Toutes les personnes qui pensent que Cannes est autre chose qu’un grand cirque ne sont jamais venues. » Au fil du temps et des films, les choses s’arrangeront toujours entre ce fils de Cannes et son Festival. Une histoire passionnelle, avec ses hauts et ses bas, qui perdure aujourd’hui encore.

Légende 1 : Meryl Streep est une actrice rare, dans tous les sens du terme. Sans remplir, au départ, les canons propres à la beauté artificielle hollywoodienne, elle est parvenue tout naturellement à la première place. Ne cessant d’ajouter des joyaux à son impeccable et impressionnante filmographie, Meryl Streep est sans conteste aujourd’hui la star des stars. Unique et intemporelle. Son secret est d’avoir su garder intacte sa part de mystère, sans jamais galvauder son talent et en donnant inlassablement, que ce soit dans le drame, la romance ou la comédie, le meilleur d’elle-même. Une actrice rare en ce sens aussi qu’elle est venue seulement deux fois à Cannes. Et son premier coup d’essai fut un coup de maîtresse. C’est ainsi qu’à l’occasion de la présentation au Festival de Cannes 1989 du film en compétition Un cri dans la nuit de Fred Schepisi, où elle avait pour partenaire Sam Neill, elle remporta, en toute modestie, le prix d’interprétation féminine, déclarant en 2024 : « Quand je suis venue à Cannes pour la première fois, la dernière fois, il y a 35 ans, j’avais déjà trois enfants, presque 40 ans, je pensais que ma carrière était terminée. Ce n’était pas absurde de penser que ça serait le cas pour une actrice à cette époque. Mais vous ne vous êtes pas lassés de moi, de mon visage, vous n’avez pas quitté le train. »

Légende 1 : Septembre 1939. Louis Lumière arrive en gare de Cannes pour assurer la Présidence d’honneur du premier Festival international du film. Seul Auguste Traverso (1885-1967), descendant d'une famille piémontaise installée à Cannes depuis le milieu du 19e siècle et fondateur, en 1919, de la maison Traverso est là pour immortaliser l'évènement, qui sera finalement annulé deux jours plus tard du fait de la déclaration de guerre. Lorsqu'en 1946 la première manifestation du Festival aura bien lieu, une quinzaine de photographes est désormais présente pour couvrir la manifestation. Auguste Traverso, jusqu'alors photographe des familles cannoises et des évènements locaux : batailles de fleurs, premiers bains de mer, construction des nouveaux Palaces… devient également le photographe des stars et le correspondant du quotidien Nice-Matin, qui vient tout juste d'être créé. Son petit-fils Henri, un gamin de seize ans, le suit à la trace.

Légende 1 : Trois semaines après sa sortie en salle, le film Un p'tit truc en plus d’Artus, avec Artus, Clovis Cornillac, Alice Belaïdi et onze actrices et acteurs en situation de handicap totalisait déjà 3,4 millions d’entrées. C’est ainsi que le 22 mai 2024, répondant à l’invitation du Festival de Cannes, l'équipe au grand complet du film a pu fouler le célèbre tapis rouge cannois. La joyeuse bande, en tenue de gala, se livra alors à une mémorable montée des marches au son de Bande organisée , tube du collectif marseillais 13 Organisé , chapeauté par le rappeur JuL. Au pied des marches, Marie Colin, une des plus facétieuses actrices du film, se livra à un show de star en improvisant un mini-défilé de mode.

Légende 1 : Contrairement à ce que l’on pourrait croire, Brigitte Bardot ne fut pas une inconditionnelle du Festival de Cannes, qu’elle fréquentait plus par plaisir personnel que par obligation professionnelle. Mais sa première apparition sur la Croisette fut si percutante et sa photogénie si parfaite que les rivages cannois s’en souviennent encore. C’est en 1953 que la toute jeune épouse de Roger Vadim, qui n’était pas encore réalisateur mais journaliste à Paris Match, vint pour la première fois au Festival de Cannes. Elle n’avait alors aucun film à promouvoir sinon à jouer les starlettes en bikini et participer aux multiples fêtes de cette manifestation bon enfant, telle qu’elle était encore à ses débuts. Cette année-là, elle y croisa Errol Flynn et Kirk Douglas. Elle avait rencontré ce dernier quelques mois plus tôt sur le tournage de Un acte d'amour d’Anatole Litvak, film dans lequel elle avait décroché un petit rôle. Autant de prétextes à d’inoubliables photos de plages.

Légende 1 : Longtemps Jane Campion fut la seule femme à avoir reçu la Palme d’or au Festival de Cannes. C’était en 1993 pour son film La Leçon de piano , avec Sam Neill, Holly Hunter et Harvey Keitel. Mais on oublie trop souvent que la réalisatrice néo-zélandaise avait déjà obtenu une première Palme d'or en 1986, pour son court-métrage Peel . Rappelons aussi qu’en 1993, Holly Hunter obtint pour sa part le prix d'interprétation féminine, et qu’en 2014, Jane Campion revint à Cannes, en tant que présidente du jury.

