
Juliette Adam
Je passe quelques jours dans une agitation compréhensible. Adam a trois duels. (…)
Ces trois duels sont : le duel Dollfus, le duel Duboys d’Angers, celui avec sir Tollemache Sinclair.
C’est moi, moi seule qui suis cause de ces duels. Nous causions philosophie, au Cercle nautique, et pénétration des cultes anciens dans les religions qui les remplacent. Mmes Dollfus, Sinclair et moi. Je dis à un moment que j’ai gardé le culte ancestral, que je suis païenne, que je crois aux dieux de la mythologie grecque, et que je les prie, surtout dans ce pays de lumière où la divination de la nature est presque visible.
Ces dames se lèvent sans me saluer, vont à toutes leurs amies répéter mes phrases, agrémentées d’injures pour la religion chrétienne. On déclare qu’il faut me mettre en quarantaine, que, quand je viendrai au cercle, toutes les « chrétiennes feront le vide autour de moi ».
Adam envoie ses témoins à MM. Duboys d’Angers, Dollfus, à sir Tollemache Sinclair. Ce sont : le prince Galitzine et M. De Celigny. M. Duboys d’Angers fait sur l’heure des excuses plates.
Dollfus, l’un des meilleurs tireurs de Cannes, met ses témoins en rapport avec ceux d’Adam, et, dès qu’il sait de quoi il s’agit, il blâme sa femme, déclare que ce n’est pas à une protestante de ne pas admettre la liberté de penser, et que, quand je reviendrai au cercle, il ira, sa femme au bras, me saluer solennellement.
Il ne reste que le duel Tollemache Sinclair qu’Adam ne veut pas lâcher, parce que ledit sir a déclaré que toute la colonie anglaise approuvait sa femme, que pas un Anglais ni une Anglaise n’admettront jamais qu’une païenne continue à faire partie du Cercle nautique.
Le président du Cercle, le duc de Vallombrosa, dit très haut qu’il est de coeur avec nous. Son fils, très jeune encore, qui sera le marquis de Morès, nous salue en agitant son chapeau chaque fois qu’il nous rencontre.
Le duc de Vallombrosa fait une démarche auprès de lord Dalhousie, chef de la colonie anglaise, et lui dit que tous le pays prend parti pour Adam et pour moi, et qu’il craint les suites de cet état d’esprit si son compatriote, sir Tollemache Sinclair, ne se bat pas avec Edmond Adam.
Sir Tollemache Sinclair continue à refuser de constituer des témoins et répète qu’il ne sa battra pas.
Lord Dalhousie (…) conseilla à sir Tollemache Sinclair de quitter son château de la Bocca pour la saison.
Les jeunes Anglais donnèrent un bal de « bachelor » au Cercle nautique où ils nous invitèrent, Adam et moi, par lettre spéciale. Le duc de Vallombrosa nous demanda d’entrer avec lui, et nous reçut de façon à effacer les dernières traces de cette affaire.
Mes sentiments et nos idées avant 1870







