La maison aux arcades, à la sortie de Cannes, sur la route de Grasse. Mes parents s’y installèrent peu après ma naissance et la mort de ma grand-mère paternelle. C’est dans cette maison que se déroula toute mon enfance et où mon père est mort dans son sommeil. 




La mort de mon père



   Beaucoup de souvenirs me reviennent encore depuis que j’ai réussi à dérouler le fil de ma mémoire retrouvée. 

   Mais je sens qu’il me faut, sans plus tarder, arriver maintenant en ce jour fatidique du 5 décembre 1962, j’avais alors dix ans. 

   Cela commence par une scène, que je ne peux écrire qu’au présent. 

   Nous sommes à l’interclasse de l’après-midi.

   Je joue aux billes dans la cour de l’école des Broussailles, située entre le cimetière et le nouvel hôpital de Cannes. 

   Je suis en CM2.

   Mes copains s’appellent Roger Rospide, Michel Basso, Gilles Gozzerino. 

   Nous disputons une âpre bataille. 

   L’enjeu : un petit soldat en plastique bleu transparent. 

   Un vulgaire cadeau Bonux, que je trouve proprement irrésistible ! 

   Je veux absolument me l’approprier, en augmentant de surcroît mon quota de billes. 

   Après avoir gagné, perdu et regagné plusieurs fois le soldat, je décide arbitrairement d’interrompre la partie.

   Entre temps, la poche de mon veston s’est passablement gonflée d’agates en verre irisé. 

   Mes adversaires, courroucés, m’enjoignent de remettre le lot au tir à cinq pas. 

   La cloche est encore loin de sonner la fin de la récré, terme tacite du jeu. 

   À ce moment-là seulement, celui qui l’aura, gardera le soldat. 

   Soldat qui, au départ, ne m’appartenait pas. 

   Ce n’est qu’après, que chacun fera le décompte des billes gagnées ou perdues. 

   Selon le principe des vases communicants. 

   Pourtant, je n’ai pratiquement rien à perdre : je n’avais pas grand chose en commençant. 

   Mais là, je suis riche et je veux tout garder. 

   Mon cœur bât fort, j’ai peur de perdre gros. 

   Ma mauvaise foi est si évidente et la pression des autres garçons trop menaçante pour que je puisse me dérober.

   Pas d’échappatoire possible. 

   À contre cœur, je dois m’exécuter. 

   J’enrage, car je sais qu’à partir de cet instant tout va mal tourner. 

   Déjà, avec une seule bille, Roger fait tomber mon soldat. 

   Les deux autres s’en réjouissent avec lui. 

   Ils font corps contre moi.

   J’ai manqué de sang froid et me suis dévoilé. 

   Tandis que j’attends de pouvoir tirer à nouveau, j’aperçois l’instituteur, monsieur Roubaud, accompagné d’une femme en noir, qui se dirigent hâtivement vers notre groupe. 

   Il s’adresse à moi, d’une voix étrangement douce : « Barozzi, va chercher tes affaires, tu dois rentrer chez toi ! » 

   La femme, les yeux rougis, que je reconnais alors comme étant ma tante Joséphine, une sœur aînée de mon père, ajoute : « Viens vite Jacky, ton papa est malade ! »

   Je compris instantanément qu’il était mort. 

   À la maison, d’autres femmes de la famille entouraient ma mère, assise, effondrée, dans la salle à manger.

   Dès qu’elle me vit entrer, elle se leva, se jeta sur moi, me serra dans ses bras en pleurant, de telle sorte que je dus la repousser pour pouvoir respirer. 

   Ensuite, elle se frappa plusieurs fois la poitrine, en criant que c’était sa faute, que c’est elle qui l’avait tué. 

   Au milieu de la matinée, mon père était revenu de son travail, fiévreux et grippé. 

   Il s’était tout de suite mis au lit. 

   Elle lui avait préparé une tisane bien chaude, qu’il avala avec trois cachets d’aspirine. 

   Elle disait qu’elle l’avait empoisonné. 

   Elle n’aurait pas dû l’écouter. 

   Trois cachets, c’était trop ! 

   Déjà, quand j’étais rentré pour déjeuner - mon grand frère et ma petite sœur restant à la cantine -, elle m’avait demandé, inquiète, d’aller voir si j’entendais sa respiration. 

   Je m’étais introduit délicatement dans la chambre aux volets clos. 

   Impressionné par la sombre silhouette de mon père lové en chien de fusil sous la couverture et offert à ma vue en toute intimité, je m’étais contenté, passablement gêné, de le regarder furtivement, n’osant poser mon oreille sur son cœur, comme me l’avait recommandé ma mère. 

   De retour auprès d’elle, je lui avais affirmé qu’il dormait profondément. 

   Peu après mon départ, elle avait tenté de le réveiller, en vain. 

   Elle s’était alors précipité chez le docteur Aillaud, notre proche voisin. 

   Celui-ci diagnostiqua une embolie au coeur et déclara à ma mère que s’il avait été prévenu à temps, il aurait pu le sauver !

   Dans la chambre, je découvris mon père, gisant sur le couvre lit. 

   Il était revêtu de son costume sombre, cravaté, et chaussé de cuir noir. 

   Ma mère lui avait remis son alliance, qu’il ne portait plus, car il prétendait qu’elle lui serrait trop le doigt (n’était-ce pas là le symbolique aveu d'un contrat dont mon père estimait le prix à payer trop élevé ?) 

   Son visage était paisible, presque souriant. Il semblait sculpté dans le marbre !

   Mon frère et ma sœur arrivèrent en même temps, accompagnés, de ma tante Henriette et de son fils Jeannot qui avaient été les chercher l’un, au lycée technique Jules-Ferry, à l’autre bout de Cannes, l’autre, à la maternelle de Rocheville. 

   Je gardai Marinette dans la salle à manger, tandis qu’on introduisit José auprès de notre père. 

   Ma petite sœur, jugée trop petite pour être informée de la situation se réjouissait de toutes ces personnes réunies comme pour une fête. 

   Moi, je me regardais dans le miroir ovale, au-dessus du buffet, scrutant mes yeux désespérément secs, étonné de n’avoir pas même l’envie de pleurer. 

   Je crois que je ne ressentais alors aucune émotion ? 

   Seulement un vague sentiment de culpabilité, que je masquai derrière une certaine froideur, compatible avec la gravité des évènements. 

   Plus tard, couchés dans notre chambre, José et moi, nous nous demandâmes anxieusement comment nous allions faire désormais pour l'argent de poche, que notre père nous donnait chaque semaine.






Au verso de la carte postale (photo 1), notre père nous annonce sa prochaine visite. Cet été-là, José et moi étions au Col Saint-Jean, à Sospel, la colonie de vacances de la ville du Cannet-Rocheville.




La tombe solitaire de mon père au cimetière du Clos à Rocheville.




par Jacky Barozzi 5 janvier 2026
Le Boulevard Soult (12e arr.) sous la neige. 
par Jacky Barozzi 2 janvier 2026
Fin du week-end du Nouvel An A peine installée dans le train de retour à Paris, Vita, après une longue promenade, sous la pluie puis le soleil, sur les planches de Dauville, à l’air légèrement épuisée. Heureusement que ses deux humains, Chedly et Jacky, en reviennent, eux, regonflés d’iode et d'air marin, tout pleins d'une tonicité retrouvée... Bonne nouvelle année à tous ! 
par Jacky Barozzi 1 janvier 2026
Depuis les planches de Trouville-sur-Mer, Chedly, Jacky et Vita vous souhaitent une Excellente année 2026 !
par Jacky Barozzi 25 décembre 2025
28e édition du circuit des crèches de Lucéram Depuis 1998, le village de Lucéram se transforme chaque fin d’année en un vaste musée en plein air de la crèche. Jusqu’au dimanche 4 janvier, dans le cadre remarquable de ses ruelles tortueuses et de ses placettes, plus de 450 crèches originales et un musée de la crèche sur la place du village, oeuvres des artistes et des habitants, font la joie des visiteurs, petits et grands. C’est ouvert tous les jours et c’est gratuit. A ne pas manquer l’évènement final qui clôt cette manifestation le dimanche 4 Janvier 2026 : « L'Arrivée des Rois Mages » Départ de la Mairie à partir de 14h, avec une distribution de la galette des Rois géante et de pièces d’Or en chocolat aux enfants. Une galette géante de15m de long, confectionnée et offerte aux visiteurs par le boulanger de Lucéram. https://www.lelezarddeparis.fr/le-cote-du-comte 
par Jacky Barozzi 22 décembre 2025
Salon de l'Hôtel-de-Ville, 2002. De gauche à droite : Mourad, Chedly et Jacky.
par Jacky Barozzi 23 novembre 2025
Mon immeuble s'est réveillé sous la neige. 18, bd Soult - 12e arr., 5 h du matin.
par Jacky Barozzi 20 novembre 2025
Bonjour tristesse à l’Hôtel de Ville ! A l’occasion du dixième anniversaire des attentats du 13 novembre 2015, un jardin en hommage à la mémoire des victimes vient d’être inauguré sur la place Saint-Gervais (4e arr.), au proche voisinage de l’Hôtel de Ville. Là, où s’élève devant la haute façade de l’église Saint-Gervais-Saint-Protais, un orme centenaire, présent et sans cesse renouvelé depuis le Moyen Âge, marquant symboliquement l’emplacement où la justice était jadis rendue. Ce nouveau jardin de 3 500 m2, plus minéral que végétal, s’organise autour de six grands blocs de granit bleu, symbolisant chacun les lieux des attentats : le Stade de France, Le Carillon / Le Petit Cambodge, La Bonne Bière / Le Casa Nostra, La Belle Équipe, Le Comptoir Voltaire et le Bataclan. Sur chaque bloc, sont gravées les noms des 132 victimes. Sans remettre en cause l’idée de trouver un site unique afin de rendre un hommage collectif à ces victimes, dont le nom figure déjà sur des plaques apposées devant chacun des lieux où les attentats se sont déroulés, on peut s’interroger sur l’opportunité de sanctuariser ainsi un espace géographique au coeur même de la capitale. Un enclos spécifique au cimetière du Père-Lachaise n’aurait-il pas mieux convenu ? Et pourquoi les seules victimes de cet attentat en particulier et non pas les nombreuses autres victimes d’attentats, des guerres civiles ou des divers combats de libération, qui ont ensanglanté l’histoire de la capitale ? A ce train-là, Paris tout entier ne serait plus qu’un vaste cimetière sous la lune !
par Jacky Barozzi 16 octobre 2025
Les impressions d'automne de Vita Née dans le Var le 26 septembre 2024, Vita s'est installée à son domicile parisien de la Porte Dorée (12e arr.) l'hiver suivant. Depuis, elle se livre à de longues promenades sportives dans le bois de Vincennes voisin, où elle jouit de pas moins de mille hectares de forêt ! Après le printemps et l'été, elle découvre, toujours avec autant de plaisir et d'étonnement son domaine à l'automne...
par Jacky Barozzi 10 octobre 2025
Le cimetière des gloires nationales Le 9 octobre, Robert Badinter, ancien ministre de la Justice de François Mitterrand, a fait son entrée au Panthéon. Sinon son corps, du moins son cercueil. Sa dépouille, quant à elle, demeure dans le carré juif du cimetière de Bagneux (Hauts-de-Seine), afin que son épouse, Élisabeth Badinter, puisse le rejoindre le moment venu. En guise de corps, cinq objets ont été déposés dans le cercueil : sa robe d’avocat, une copie de son discours sur l’abolition de la peine de mort et trois livres : Choses Vues de Victor Hugo, Condorcet : Un intellectuel en politique , ouvrage écrit en commun avec Élisabeth Badinter et Idiss , son livre écrit en hommage à sa grand-mère. Quand le corps n’est pas là, la « panthéonisation », plus symbolique que réelle, ne perd t-elle pas en grande partie son sens ? D’autant plus que ce n’est pas la première fois que l’on assiste à une entrée au Panthéon sans corps. Construit au XVIIIe siècle par décision de Louis XV en tant qu'église dédiée à sainte Geneviève et destinée à abriter les reliques de la sainte, le Panthéon fut transformé au début de la Révolution française (1789-1799) en un monument funéraire en l'honneur des grands personnages de l'histoire contemporaine, pour accueillir en premier lieu la dépouille du comte Honoré-Gabriel Riqueti de Mirabeau, mort en 1791 (il en sera retiré quelques mois plus tard à la suite de la découverte de sa correspondance secrète avec le Roi). D’autres personnalités, à peine admises, en ont également été retirées par la suite, tels Louis-Michel Lepeletier de Saint-Fargeau, Auguste Marie Henri Picot de Dampierre et Jean-Paul Marat. Seuls deux illustres écrivains traverseront la période révolutionnaire : François Marie Arouet dit Voltaire entré au Panthéon en 1791, ainsi que Jean-Jacques Rousseau entré en 1794.
par Jacky Barozzi 15 septembre 2025
L’INNOCENTE Il y a des moments où Vita, parfaitement éveillée, reste sagement assise sur le canapé du salon, guettant de haut nos moindres faits et gestes. Elle habituellement si vive, toujours dans nos jambes à nous suivre dans toutes les pièces ou a nous apporter l’un de ses jouets favoris. C’est alors que l’on s’inquiète : « Qu’est-ce que tu as encore fait », lui demande t-on alors d’un ton ferme ? « Moi », semble t-elle répondre, d’un air innocent et comme surprise par notre question !!! Bon, pour cette fois-ci, c’est apparemment vrai, ainsi que nous avons pu le constater après une inspection minutieuse des moindres recoins de la maison…