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Les jardins des années 30



     Après la Première Guerre mondiale s’élabora le projet d’entourer Paris d’une vaste “ceinture verte” sur l’emplacement des anciennes fortifications de Thiers : 33 kilomètres de verdure sur l’espace compris entre les actuels boulevards des Maréchaux et le périphérique, qui auraient permis d’unir la ville et la banlieue par la création d’un réseau de jardins, d’espaces libres et de terrains de sport, un projet soutenu et encouragé particulièrement par Jean- Claude Nicolas Forestier qui participa à son étude. Au-delà des fortifications elles-mêmes s’étendait une zone militaire non aedificandi de 250 mètres de large, appelée la “zone” car elle avait accueilli au fil des ans baraquements et roulottes où vivait une population miséreuse et marginale. L’idée de démolir les fortifications, qui avaient démontré toute leur impuissance lors du conflit de 1870 et constituaient un véritable frein à la croissance de la ville, avait germé dès 1882 mais elle ne fut mise en œuvre qu’après la guerre, en 1919, pour s’achever en 1929. L’espace ainsi libéré, près de 800 hectares, fut finalement l’objet d’une vaste opération immobilière, car Paris souffrait cruellement du manque de logements et la “ceinture verte” devint une succession de grands ensembles d’HBM (habitations à bon marché) construits à partir de 1925, entrecoupés d’équipements de sport et de quelques jardins. Ainsi naquirent, entre autres, la Cité internationale universitaire de Paris créée en 1920, le Parc des Expositions de la porte de Versailles après l’Exposition universelle de 1925, le stade Pierre-de- Coubertin (1936-1938), l’ancien vélodrome du Parc des Princes démoli en 1959, le stade Jean-Bouin et la piscine Molitor (1929), mais aussi le parc Kellermann (1937) ou celui de la Butte du Chapeau-Rouge (1939), et le tout serait ceinturé quelques années plus tard par le boulevard périphérique (1957-1973).

     


Square René-le-Gall, 13e arr.



     Dans le même temps, le déménagement hors de la capitale de plusieurs usines à gaz libéra des terrains qui permirent la création de nouveaux jardins à l’intérieur même de la ville, qui se caractérisent par la présence d’un véritable urbanisme années 30 des rues et bâtiments alentour : square Saint-Lambert sur l’emplacement de l’ancienne usine à gaz de Vaugirard (1930-1933), squares Sarah-Bernhardt et Réjane sur celle de Saint-Mandé (1936), square de Choisy sur celle d’Ivry (1937).

     En 1938 est ouvert le square René-Le-Gall, dessiné par l’architecte Jean-Charles Moreux et, dans le domaine du jardin privé, c’est l’apparition des jardins suspendus qui viennent agrémenter les terrasses des immeubles.

     Cette période des années 30 voit la création de plus d’une soixantaine de jardins correspondant à une emprise d’environ 40 hectares, car si quelques-uns forment de véritables parcs, la plupart cependant sont de petite taille (moins d’un hectare) et sont conçus comme des jardins de proximité.




Kiosque du square Sarah-Bernhardt, 20e arr.



     Le style des jardins années 30 marque un retour à un certain classicisme, en rupture avec les XVIII° et XIX° siècles qui avaient fait des jardins de véritables séquences de nature. Il se produit dans le même esprit une réaction contre l’excès de l’utilisation de la couleur dans les massifs de fleurs, qui avait prévalu progressivement depuis la fin du XIX° siècle. Une certaine austérité monumentale, présente dans l’architecture, se retrouve dans les jardins qui renouent avec des compositions fortement structurées, selon des axes et des perspectives héritées du style régulier et cette simplification des formes s’applique aussi bien au dessin général du jardin qu’à la répartition des masses végétales. Mais les jardins des années 30 sont composés différemment des jardins réguliers du XVII° siècle : le cœur en est souvent dégagé, formant de grands espaces de sable durci et de gravier, tandis que les pourtours sont plantés d’arbres à pousse rapide – peupliers, tilleuls, ptérocaryas –, dont les lignes verticales et la densité contrastent avec la partie centrale découverte. Quant aux différences de niveaux, elles ne résultent plus d’un modelé du terrain travaillé pour obtenir du relief, comme aux XVIII° et XIX° siècles, mais d’un renouveau donné au dessin architectural, présent dans les escaliers, les rampes et les terrasses. Des constructions sont intégrées dans les jardins pour participer à leur fonctionnement et on voit apparaître sur les portails, kiosques et autres abris les matériaux les plus divers alors utilisés en architecture : brique, silex, enduits gravillonnés, meulière en parement, pavés de verre et surtout le béton armé, employé pour la première fois dans les jardins. Enfin, des aires de jeux sont désormais introduites dans les jardins qui ne sont donc plus considérés uniquement comme des lieux d’agrément.



Aire de jeux du square de la Butte-du-Chapeau-Rouge, 19e arr.




SQUARE SAINT-LAMBERT 1930-1933

15 ° arr., rue Théophraste-Renaudot, rue Léon-Lhermitte, rue du Docteur-Jacquemaire-Clemenceau, rue Jean-Formigé, M° Commerce



     L’usine à gaz de la commune de Vaugirard, implantée sur 6 hectares en 1835 et destinée à fournir du gaz d’éclairage à la capitale, fut désaffectée dans les premières années du XX° siècle et démolie en 1930.

     




     Une véritable opération d’urbanisme vit alors le jour sur son emplacement, avec la construction d’un quartier neuf articulé autour du square Saint-Lambert, entouré par quatre rues nouvelles bordées d’un ensemble homogène d’immeubles bâtis par les architectes Auguste Bluysen, Heckly et Ploquin et par le lycée Camille-Sée de l’architecte François Le Cœur au nord, inauguré en 1934. C’était la première fois que l’on menait à Paris une telle opération d’aménagement global, apparentée à ce que seront les zones d’aménagement concerté (ZAC) de la deuxième moitié du XX° siècle.

     





     Le square, dont les travaux sont conduits de 1930 à 1933, est l’œuvre de l’architecte Georges Sébille, qui a tiré parti de cet ancien site industriel pour créer des différences de niveaux et dessiner un jardin aux paysages variés. Une large terrasse domine le jardin, surplombant le bassin implanté à l’emplacement même d’un ancien réservoir à gaz. Un souterrain creusé sous la rue Léon-Lhermitte permettait aux élèves du lycée Camille-Sée de se rendre directement dans le square, auquel ils accédaient par un pavillon aujourd’hui fermé.

     




     C’est à l’évêque martyr de Maëstricht, saint Lambert, mort en 705, qu’avait été dédiée au XV° siècle la première église de Vaugirard, élevée au siècle précédent et d’abord consacrée à Notre-Dame. La nouvelle église de la rue Gerbert, construite de 1848 à 1853 par l’architecte Claude Naissant, a donné son nom au square.




Les Oursons du square Saint-Lambert, par Victor Reter, 1928.




SQUARE SARAH-BERNHARDT ET SQUARE REJANE 1936

20° arr., rue de Lagny, rue de Buzenval, rue Mounet-Sully ; rue de Lagny, rue Lucien-et-Sacha-Guitry, rue Félix- Huguenet, cours de Vincennes ; M° Buzenval ou Nation



     L’usine à gaz de Saint-Mandé, implantée vers 1839 pour alimenter Bercy, occupait un vaste périmètre situé entre les rues de Buzenval et des Maraîchers, de part et d’autre de la rue de Lagny qui marquait la frontière entre Charonne au nord et Saint-Mandé au sud, deux communes absorbées, totalement pour la première et en grande partie pour la seconde, dans les nouvelles limites de Paris en 1860. L’usine à gaz, qui fonctionna jusqu’en 1931, ferma définitivement en 1934 et son emplacement a donné naissance à un nouveau quartier du 20° arrondissement, avec la création de deux squares (1936), l’ouverture des rues qui les entourent qui furent bordées d’immeubles d’habitation à bon marché, la construction de l’église Saint-Gabriel par l’architecte Murcier (1935-1937) et celle du lycée Hélène-Boucher, en béton armé, par l’architecte Lucien Sallez (1938).

     



Square Sarah-Bernhardt.



     Le square Sarah-Bernhardt, du nom de la comédienne Rosine Bernard (1844-1923), s’étend sur 1,3 hectare et présente un style typique de cette époque avec ses pelouses encadrées de rideaux d’arbres – peupliers, tilleuls, ptérocaryas, ainsi que de nombreuses autres espèces –, tandis que le square Réjane, du nom d’une autre comédienne, Gabrielle Réju (1856-1920), forme sur à peine 4 000 m2 un espace totalement ouvert, lui aussi entouré d’arbres.


Square Réjane.



PARC KELLERMANN 1937

13° arr., boulevard Kellermann, rue de la Poterne-des- Peupliers, rue Max-Jacob, M° Porte-d’Italie



     Ce parc de 5,5 hectares dont l’entrée principale se trouve sur le boulevard Kellermann, du nom du maréchal de France François-Christophe Kellermann (1735-1820), a été aménagé en 1937 d’après les plans de l’architecte Jacques Gréber sur les anciennes fortifications de Thiers et faisait partie du grand projet de “ceinture verte” devant entourer la capitale. Il a fait disparaître l’emplacement du lit de la Bièvre, affluent de la Seine qui entrait dans Paris près de la toute proche Poterne-des-Peupliers et qui, recouverte à partir de 1910, a été transformée en un canal souterrain qui rejoint le réseau des égouts de Paris.

     




     Pendant la guerre de 1939-1945, les arbres qui avaient été plantés en 1937 furent coupés pour servir de bois de chauffage et le jardin transformé en champ de pommes de terre pour nourrir la population. Les travaux du boulevard périphérique ont entraîné l’aménagement du talus, au sud, en 1957. Le jardin a été remis en état en 1959 avant d’accueillir des équipements sportifs, notamment un terrain de football, en 1961.

     





     En bordure du boulevard, la partie surélevée du parc se présente selon un dessin à la française et, de la terrasse, on surplombe le vaste jardin paysager aux sentiers sinueux et sa pièce d’eau avec cascade et rocaille.






SQUARE DE CHOISY 1937

13° arr., avenue de Choisy, rue George-Eastman, rue Charles-Moureu, rue du Docteur-Magnan, M° Tolbiac



     Fondée en 1836 route de Choisy, l’usine à gaz d’Ivry occupait plus de 6 hectares du territoire de la commune d’Ivry qui vit le tiers de sa surface annexé à Paris en 1860. L’usine, démolie en 1935, fut remplacé par l’ensemble formé par le square de Choisy, l’Institut dentaire et le lycée Claude-Monet.

     





     Le square de Choisy a été ouvert en 1937 sur plus de 4 hectares et son bassin a été formé à partir des vestiges de deux anciens réservoirs à gaz. Il occupe la partie centrale du jardin, à l’intersection des deux allées qui se coupent à angle droit dans l’axe du bâtiment en brique de l’Institut dentaire et de stomatologie, au nord. Le jardin, dessiné par l’architecte Edouard Crevel, forme un ensemble avec cet Institut qu’il a construit de 1936 à 1938 grâce à une donation de l’Américain George Eastman, pionnier de l’industrie photographique et fondateur de “Kodak”.

     





     Près de l’entrée de l’avenue de Choisy, une petite table ronde en porphyre est un présent de la Finlande à la France pour l’Exposition universelle de 1937.







SQUARE RENE-LE GALL 1938

13° arr., rue de Croulebarbe, rue Corvisart, rue Emile- Deslandres, M° Corvisart ou Les Gobelins



     Vers 1440, le teinturier Jean Gobelin installa son atelier dans le faubourg Saint-Marcel, sur les bords de la Bièvre qui, depuis la Poterne-des-Peupliers, serpentait entre la Butte- aux-Cailles et la montagne Sainte-Geneviève et dont les rues de Croulebarbe et Berbier-du-Mets recouvrent le cours depuis 1912.

     En 1601, les descendants de Jean Gobelin abandonnèrent maison et atelier de teinture à François de la Planche et Marc de Comans, deux tapissiers d’origine flamande qui étaient venus à Paris à la demande de Henri IV désireux de créer dans la capitale un atelier royal de tapisserie.

     En 1662, Colbert entreprit de rassembler dans l’ancienne propriété de Jean Gobelin les différents ateliers parisiens et celui de Maincy, créé par Fouquet près de son château de Vaux-le-Vicomte et confisqué par la couronne après la disgrâce et l’arrestation du surintendant des Finances.

     La manufacture de tapisserie des Gobelins – du nom de l’ancien teinturier qui allait désormais désigner la production tout entière – fut intégrée en 1667 dans la Manufacture royale des Meubles de la Couronne, qui fabriquait également les pièces d’orfèvrerie et d’ébénisterie destinées aux demeures royales.

     Les bâtiments furent rebâtis par Colbert à cette époque et l’ensemble s’étendait entre la Bièvre (rue Berbier-du- Mets) et la rue Mouffetard (devenue en cet endroit avenue des Gobelins sous le Second Empire) et jusqu’à l’actuelle rue des Gobelins au nord.

     A la suite de l’incendie provoqué sous la Commune, en 1871, la partie des bâtiments donnant sur l’avenue des Gobelins fut détruite et remplacée d’abord par un bâtiment provisoire puis par l’édifice actuel de l’architecte Jean- Camille Formigé (1912), derrière lequel existent toujours les constructions anciennes.

     




     Sur l’autre rive de la Bièvre, c’est-à-dire de l’autre côté de la rue Berbier-du-Mets et le long de la rue de Croulebarbe, s’étendaient des terrains que la manufacture avait mis à la disposition de ses artisans lissiers, lesquels y avaient établis des jardins potagers. C’est sur ces jardins que fut construit en 1935 par Auguste Perret le bâtiment en béton apparent du Mobilier national et que fut ouvert en 1938 le square des Gobelins, qui recevra le nom d’un conseiller municipal de l’arrondissement fusillé en 1942 pour ses actes de résistance.

     





     Le square René-Le Gall est situé en contrebas de la rue car celle-ci a été surélevée pour recouvrir la Bièvre d’une voûte; c’est donc le jardin qui marque le niveau des anciennes rives de la Bièvre. Œuvre de l’architecte Jean- Charles Moreux, il présente une esthétique typiquement années 30, mélange de l’héritage classique revisité et de tendances modernistes, notamment dans l’utilisation de nouveaux matériaux. Le jardin, tout en longueur, offre plusieurs séquences différentes : espace dévolu aux jeux vers la rue Corvisart ; au centre, bosquets de sous-bois de part et d’autre d’une allée centrale; jardin régulier devant le Mobilier national avec, au centre des pelouses, un obélisque néoclassique encadré par quatre niches de treillage imitant des cabinets de verdure. De ce côté, les escaliers d’accès au jardin ont été décorés par Maurice Garnier de masques et médaillons composés de galets, de fossiles et de coquillages enchâssés dans le ciment.

     





La partie du jardin située au-delà du Mobilier national a été ouverte en 1981, face à la Manufacture dont la production est toujours destinée aux demeures officielles.






SQUARE DE LA BUTTE-DU-CHAPEAU-ROUGE 1939

19° arr., avenue Debidour, boulevard d’Algérie, M° Pré- Saint-Gervais



     La butte du Chapeau-Rouge, du nom d’un ancien lieu- dit qui proviendrait peut-être, selon une source cependant douteuse, de l’enseigne d’une guinguette ou d’un restaurant, s’élève à l’est de Belleville. Elle domine la vaste plaine du Pré-Saint-Gervais, commune sur le territoire de laquelle elle se trouvait avant d’en être détachée au moment de la construction des fortifications de Thiers (1841 à 1845) et d’être incluse dans la zone non aedificandi qui s’étendait sur 250 mètres au-delà de la muraille proprement dite.

     Dans ce quartier ouvrier et industrieux, elle accueillit avant la Première Guerre mondiale de nombreuses manifestations populaires en faveur de la paix. En 1911 déjà, près de 50 000 personnes s’étaient retrouvées au pied des Buttes-Chaumont à l’appel de la Confédération Générale du Travail et du Parti Socialiste afin de manifester leur volonté pacifiste face aux menaces de guerre avec l’Allemagne. Le succès de cette réunion amena les organisateurs à poursuivre leur action et ils recherchèrent un plus vaste emplacement. Ce fut la butte du Chapeau-Rouge, qui accueillit à partir de 1912 de nouvelles manifestations pacifistes auxquelles participèrent jusqu’à 150 000 personnes et où Jean Jaurès prit la parole, peu avant d’être assassiné à la veille de la guerre.

     



Jean-Jaurès en meeting sur la butte du Chapeau-Rouge.



     En 1920 furent donnés les premiers coups de pioche pour démolir les fortifications à l’emplacement desquelles on prévoyait une ceinture verte pour Paris. Mais les besoins en logements se faisant de plus en plus pressants, la Ville commença dès 1925 à élever les blocs d’immeubles qui bordent les boulevards des Maréchaux. Il fut alors question, en 1930, de raser la butte du Chapeau-Rouge pour y bâtir. La Commission du Vieux-Paris s’y opposa, arguant de sa position dominante exceptionnelle et de son rôle pacifiste historique.

     





     La butte fut donc conservée et aménagée en un jardin de près de 5 hectares par l’architecte Léon Azéma. Cependant cette réalisation ne représente qu’une petite partie du projet, plus vaste, qui incluait l’emplacement où s’élève l’hôpital Robert-Debré et aurait donné au jardin des proportions proches de celles du parc des Buttes- Chaumont. On avait songé à rebaptiser l’endroit “Parc de la Paix” mais l’appellation ancienne prévalut finalement et le square de la Butte-du-Chapeau-Rouge fut inauguré en 1939. Ce jardin qui dévale la pente vers le boulevard d’Algérie compte en réalité plusieurs petites buttes offrant quelques beaux promontoires auxquels on accède par des escaliers ou des allées sinueuses. Il comporte des abris et des fontaines typiques de l’art des années 30, avec ce mélange de matériaux – pierre, ciment, brique, béton – qui caractérise ce style. Une importante fontaine (côté boulevard d’Algérie), composée à partir de gradins de brique étagés et dominée par une figure en pierre d’Eve, par Raymond Couvègnes et, sur une des buttes, une œuvre de Pierre Traverse, Deux femmes et un enfant, toutes deux de 1938, offrent de beaux exemples de la sculpture de cette époque. Le 11 novembre 1996 a été inauguré le Monument aux victimes des conflits d’Afrique du Nord, une sculpture en marbre de Carrare par Eugène Dodeigne.



© Jacques Barozzi et Marie-Christine Bellanger-Lauroa, 2022


par Jacky Barozzi 08 avr., 2024
Sandrine, assisse au soleil sur un banc du square Trousseau , au faubourg Saint-Antoine, observait, tout en achevant d’avaler un sandwich, des enfants jouant dans l’aire de jeux, au milieu du grand bac à sable. Une jeune femme blonde d‘une vingtaine d’années et son compagnon, un beur du même âge, accompagnés de leur gamin, se dirigèrent vers le kiosque à musique, au centre du jardin. Là, ils s’installèrent sur les marches. Le père sortit une balle de son sac à dos et la donna au garçon, qui courut rejoindre les autres enfants dans l’aire de jeux voisine du kiosque. Sandrine alluma une cigarette et fuma voluptueusement, les yeux mi-clos, le visage offert aux rayons du soleil. Plongées dans ses rêves, elle fut soudain ramenée à la réalité par la voix d’une jeune femme : – Pourrais-je vous emprunter votre briquet, s’il-vous-plait ? Rouvrant les yeux, Sandrine découvrit la blonde du kiosque. Elle tira un briquet de son sac, posé à côté d’elle sur le banc, et le tendit en souriant à la mère du petit garçon. Sans plus de façon, celle-ci repartit jusqu’au kiosque où elle donna à son tour le briquet à son conjoint. Malgré la distance, Sandrine perçu toute l’action : le jeune homme chauffa une barrette de cannabis et se confectionna un joint, qu’il alluma, avant de rendre le briquet à sa compagne. Celle-ci revint en direction de Sandrine et lui redonna son briquet – Merci beaucoup, dit-elle. – Il n’y a pas de quoi, répondit Sandrine, toujours souriante. 
par Jacky Barozzi 23 mars, 2024
Connaissez-vous, au voisinage du bois de Vincennes, l’hôpital Esquirol de Saint-Maurice ? Un haut-lieu de vie et de mémoire, qui vaut le détour ! Durant douze siècles, Saint-Maurice se dénomma Charenton-Saint-Maurice, jusqu’à ce qu’une ordonnance royale de Louis Philippe, du 25 décembre 1842, lui permit de n’en conserver que sa seule appellation dernière. Officiellement, pour la distinguer de la commune voisine, qui prit le nom de Charenton-le-Pont en 1810. En réalité, c’est parce que les habitants, du fait de la trop grande renommée de l’asile de Charenton, et trouvant qu’ils avaient de plus en plus de mal à marier leurs filles, voulurent, à défaut de se débarrasser de l’asile, en effacer le nom. Voilà pourquoi l’ancien asile de Charenton, devenu l’hôpital Esquirol, ne se trouve pas sur la commune de Charenton, mais sur celle de Saint-Maurice.
par Jacky Barozzi 12 mars, 2024
JARDIN DES PLANTES - 1633 5° arr., place Valhubert, rue Buffon, rue Geoffroy-Saint- Hilaire, rue Cuvier, M° Gare-d’Austerlitz, Jussieu ou Place-Monge C’est en 1614 que Guy de La Brosse, médecin ordinaire de Louis XIII, soumet à Jean Héroard, Premier médecin du roi, son projet de création d’un jardin où l’on cultiverait « toutes sortes d’herbes médicinales ». Il faut dire que les travaux des botanistes du XVI° siècle avaient attiré l’attention sur cette science nouvelle. Après la création du Jardin des plantes de Montpellier, en 1593, qui est le premier fondé en France, Henri IV et Sully songèrent à en établir un semblable à Paris qui possédait seulement un petit jardin de simples planté par l’apothicaire Nicolas Houel pour l’école des Apothicaires de la rue de l’Arbalète. L’édit de fondation du «Jardin royal des plantes médicinales » est promulgué en 1626 mais il reste encore à lui trouver un emplacement ! C’est Guy de La Brosse qui, en 1633, s’occupe de l’acquisition d’un vaste terrain, le clos Coypeau, situé au sud de l’abbaye Saint-Victor. D’une surface représentant environ le quart de sa superficie actuelle (qui est de 24 hectares), le jardin est séparé de la Seine par un entrepôt de bois et bordé de l’autre côté (vers l’actuelle rue Geoffroy-Saint-Hilaire) par des buttes artificielles faites de détritus et de gravats de construction. Guy de La Brosse s’attache immédiatement à aménager cette propriété royale, dont il est nommé intendant en 1635, pour en faire une école de botanique et d’histoire naturelle. L’espace est compartimenté en quatre zones distinctes, séparées par deux allées se coupant à angle droit. L’on y cultive des plantes usuelles, des arbres fruitiers, des arbustes et des plantes aquatiques. Sur les pentes des buttes artificielles qui bornent le jardin, Guy de La Brosse aménage un labyrinthe. En 1636, Vespasien Robin, démonstrateur en botanique, plante le robinier ou faux-acacia à partir d’un rejet dont son père Jean Robin, chargé du Jardin du roi dans l’île de la Cité (emplacement de la place Dauphine), se serait procuré les graines par l’intermédiaire d’un pépiniériste anglais. Le robinier du Jardin des plantes fut longtemps le deuxième plus vieil arbre de Paris, après le robinier du square René-Viviani planté vers 1601 par Jean Robin. Il est aujourd’hui mort et il ne reste qu’un tronc avec des rejets (extrémité ouest de la galerie de botanique) mais celui du square René-Viviani, avec ses 20 mètres de hauteur et ses 4 mètres de circonférence, existe toujours, soutenu par des étais. Dès 1640, le jardin est ouvert au public et, à la mort de son fondateur, l’année suivante, il compte 1 800 plants différents. C’est désormais le « Jardin du roi », développé à partir de 1693 par Fagon, Premier médecin de Louis XIV, puis par le botaniste Tournefort, qui plante l’érable de Crète en 1702 (labyrinthe, côté bibliothèque), et les trois frères de Jussieu qui parcourent le monde à la recherche de nouvelles espèces rares. C’est ainsi que Bernard de Jussieu rapporta d’Angleterre, en 1734, deux cèdres du Liban dont l’un subsiste sur les pentes du grand labyrinthe ; c’est lui aussi qui plantera en 1747 le premier pied de Sophora, qui provenait de Chine (devant la galerie de minéralogie). Entre 1732 et 1739 sont créées les premières serres chaudes françaises, pour abriter des plantes exotiques. Nommé intendant du Jardin du roi en 1739, Georges- Louis de Buffon le restera jusqu’à sa mort, en 1788. Il sut s’entourer des meilleurs savants, parmi lesquels les naturalistes Louis Daubenton (une colonne signale sa tombe près du sommet du labyrinthe) et Jean-Baptiste de Lamarck et le botaniste Antoine-Laurent de Jussieu, neveu des trois frères. Pour le jardin, il s’adjoignit les services d’André Thouin, nommé jardinier en chef en 1764, et pour la construction des bâtiments, ceux de l’architecte Edme Verniquet. C’est sous la direction de Buffon que le Jardin du roi va connaître son plus bel essor. L’intendant y habite, dans la maison dite « de Buffon » située dans l’angle sud-ouest du jardin (actuelle librairie).
par Jacky Barozzi 01 mars, 2024
Fontaine Hydrorrhage Jardin Tino-Rossi, quai Saint-Bernard (5e arr.) Métro : Gare d’Austerlitz ou Jussieu Transformé en jardin entre 1975 et 1980, le quai Saint-Bernard constitue désormais une belle promenade, entre les ponts d’Austerlitz et de Sully. C’est là qu’a été installé le musée de Sculptures en plein air de la Ville de Paris, consacré essentiellement aux œuvres de la seconde moitié du XXe siècle. Au centre, un rond-point constitué d’une succession de bassins semi-circulaires, abrite une bien singulière fontaine. Baptisée Hydrorrhage , celle-ci a été réalisée en 1975-1977 par l’architecte Daniel Badani et le sculpteur Jean-Robert Ipoustéguy. Derrière une imposante armure en forme de bouclier, on découvre un homme nu, harnaché d’un attirail relevant proprement de l’iconographie sado-masochiste, et suçotant une sorte de gland tout en se livrant à la masturbation ! Cette audacieuse œuvre, contemporaine de l’époque de la libération sexuelle, semble avoir dépassée les souhaits de son commanditaire. La municipalité a en effet récemment entouré d’un grillage et d’une haie d’arbustes l’ensemble des bassins, empêchant le visiteur de se rapprocher de cette fontaine, autrefois de plain-pied, et en a pudiquement détourné la gerbe principale, qui jaillissait du sexe du personnage et retombait dans le premier bassin depuis le gros tuyau recourbé au centre du bouclier, pour le remplacer par les deux inoffensifs jets d’eau du bassin, situés de part et d’autre du groupe en bronze. 
par Jacky Barozzi 29 févr., 2024
La Lutèce gallo-romaine reconstituée. JARDIN DES ARENES DE LUTECE ET SQUARE CAPITAN - 1892 5° arr., rue de Navarre, rue des Arènes, rue Monge, M° Place-Monge La Lutèce gallo-romaine, qui voit se reconstruire l’île de la Cité, se développe sur la rive gauche, à l’abri des inondations. Là, sur les pentes de la montagne Sainte- Geneviève, s’établit une cité à la romaine, de part et d’autre de la voie principale, le cardo, dont on retrouve le tracé dans la rue Saint-Jacques. Un peu à l’écart, adossé au versant oriental de la colline, est construit vers la fin du Ier siècle après J.-C. un édifice, connu sous le nom d’Arènes de Lutèce, qui servait en réalité tout aussi bien pour les jeux du cirque que pour les représentations théâtrales, comme en témoigne la scène qui vient interrompre les gradins sur un côté.
par Jacky Barozzi 25 févr., 2024
I nlassable piéton de Paris, pour lequel les errances dans la capitale furent longtemps le prétexte à ranimer son imaginaire mémoriel, Patrick Modiano serait-il brusquement rattrapé par le principe de réalité ? Dans son dernier roman, « La Danseuse », un récit de moins de cent pages, aux chapitres particulièrement aérés, il nous conte l’histoire d’une danseuse, jamais autrement nommée dans le livre, et de son jeune fils Pierre, rencontrés un demi siècle plus tôt. Situé en grande partie entre la Place Clichy (9e arr.) et la Porte de Champerret (17e arr.), ce court texte est ponctué de plusieurs paragraphes où le présent s’invite comme jamais auparavant dans les romans de notre auteur récemment nobélisé : « Qu’étaient devenus la danseuse et Pierre, et ceux que j’avais croisés à la même époque ? Voilà une question que je me posais souvent depuis près de cinquante ans et qui était restée jusque-là sans réponse. Et, soudain, ce 8 janvier 2023, il me sembla que cela n’avait plus aucune importance. Ni la danseuse ni Pierre n’appartenaient au passé mais dans un présent éternel. » Ici, le narrateur ne reconnait plus le Paris de sa jeunesse et s’y sent désormais étranger. Une ville où les Parisiens ont été remplacés par les touristes et où la nostalgie n’est plus ce qu’elle était. Une ville : « qui avait à ce point changé qu’elle ne m’évoquait plus aucun souvenir. Une ville étrangère. Elle ressemblait à un grand parc d’attraction ou à l’espace « duty-free » d’un aéroport. Beaucoup de monde dans les rues, comme je n’en avais jamais vu auparavant. Les passants marchaient par groupes d’une dizaine de personnes, traînant des valises à roulettes et la plupart portant des sacs à dos. D’où venaient ces centaines de milliers de touristes dont on se demandait s’ils n’étaient pas les seuls, désormais, à peupler les rues de Paris ? » Tandis que le narrateur traverse le boulevard Raspail (Patrick Modiano réside aujourd’hui dans le 6e arr.), il croise un fantôme du passé : « Je reconnus aussitôt Verzini. Et j’éprouvai un brusque malaise, celui d’être en présence de quelqu’un que je croyais mort depuis longtemps. » Après l’avoir accosté, les deux hommes décident de se réfugier dans un café, à l’angle du boulevard et de la rue du Cherche-Midi : « Nous étions assis à une table, l’un en face de l’autre, seuls dans la salle, ce qui m’étonnait. Depuis quelques temps, les cafés et les restaurants étaient bondés. Devant la plupart d’entre eux, il y avait même des files d’attente. » Le narrateur précisant : « Derrière la vitre, je voyais passer les groupes de touristes habituels depuis quelques mois, sac au dos et traînant leurs valises à roulettes. La plupart portaient des shorts, des tee-shirts et des casquettes de toile à visière. Aucun d’entre eux ne pénétrait dans le café où nous étions, comme si celui-ci appartenait encore à un autre temps qui le préservait de cette foule. » Et ajoutant, au moment où le narrateur et Verzini se séparent sur le trottoir : « Dehors, nous étions bousculés par le flot des touristes. Ils avançaient par groupes compacts et vous barraient le chemin. ''Nous reprendrons peut-être un jour notre conversation, me dit-il. C’est si loin, tout ça… Mais j’essaierai quand même de me souvenir…'' Il eut le temps de me faire un signe du bras avant d’être entraîné et de se perdre dans cette armée en déroute qui encombrait le boulevard. » Le narrateur ou Modiano lui-même, avouant, plus loin : « Nous vivions des temps difficiles depuis trois ans, comme je n’en avais jamais connu de ma vie. Et le monde avait changé si vite autour de moi que je m’y sentais un étranger. » Alors, texte testamentaire de notre auteur national, dans un Paris post covidien et de plus en plus airbnbisé ? Seul, l’avenir nous le dira…
par Jacky Barozzi 20 févr., 2024
12e arrondissement Musée des Arts forains 53, avenue des Terroirs de France Tél. : 01 43 40 16 22 Métro : Cour Saint-Émilion http://www.arts-forains.com
par Jacky Barozzi 20 févr., 2024
PARC DES BUTTES-CHAUMONT - 1867 19° arr., rue Manin, rue de Crimée, rue Botzaris, M° Buttes- Chaumont ou Botzaris Entre Belleville et La Villette, la butte de Chaumont, du latin calvus mons ou mont chauve, est de tout temps une colline aride et dénudée dont le sol calcaire interdit toute agriculture. Des moulins apparaissent dès le XVI° siècle sur les hauteurs de Belleville et de La Villette et on en dénombre six à la fin du XVII°sur la butte de Chaumont. A partir du XVIII° siècle, le gypse du sous-sol est exploité pour fournir de la pierre à plâtre destinée à la construction. Cette extraction, qui se fait en souterrain, entraîne des affaissements du terrain et, à la suite d’effondrements meurtriers, l’exploitation souterraine est interdite en 1779. Les carrières à plâtre sont détruites et comblées par éboulement mais l’exploitation va se poursuivre à ciel ouvert, de plus en plus intensive dans le premier tiers du XIX° siècle. En 1851, la carrière dite de l’Amérique, l’une des plus importantes, quasiment épuisée, est fermée. Le site offre à cette époque un aspect véritablement désolé. Aux pieds de la butte, du côté de La Villette, se trouve depuis la fin du XVIII° siècle le plus grand dépotoir d’ordures de la capitale, qui sert aussi pour l’équarrissage des chevaux. La nuit, les anciennes carrières sont le refuge des clochards et des rôdeurs. 
par Jacky Barozzi 18 févr., 2024
PARC FLORAL DE PARIS 1969 12° arr., bois de Vincennes, esplanade Saint-Louis, route de la Pyramide, M° Château-de-Vincennes. Entrée payante Le Parc floral a été inauguré en 1969 à l’occasion des Troisièmes Floralies internationales de Paris. Les deux premières éditions s’étaient tenues en 1959 et 1964 au Centre national des Industries et des Techniques (CNIT) de La Défense et le succès qu’elles avaient remporté avaient conduit les organisateurs à rechercher un emplacement mieux adapté. C’est ainsi que le Conseil de Paris décida en 1966 d’implanter ce nouveau “Parc d’activités culturelles de plein air” dans le bois de Vincennes, sur des terrains qui avaient été occupés par les anciens établissements militaires de la Pyramide et de la Cartoucherie. L’objectif était double : accueillir les Troisièmes Floralies internationales de Paris, qui seraient suivies d’autres expositions temporaires, mais aussi profiter de l’engouement pour l’art floral manifesté par le grand public pour le sensibiliser à l’art contemporain en exposant des œuvres en plein air. 
par Jacky Barozzi 06 févr., 2024
BOIS DE VINCENNES - 1857 12° arr., M° Château-de-Vincennes ou Porte-Dorée Le bois de Vincennes est le vestige d’une vaste forêt antique qui s’étendait à l’est de Paris. Ces terres incultes appartenaient à tous et les paysans gaulois puis gallo- romains les utilisaient pour mener paître leurs bêtes, se nourrir et trouver du bois pour se chauffer. L’arrivée des Francs, si elle ne modifie pas leurs habitudes, change cependant le statut de la forêt qui, de publique, devient alors privée selon les règles du droit franc. Après la mort de Dagobert, en 639, sa veuve fonde une abbaye à Saint-Maur. La première mention connue de la forêt de Vilcena figure dans une charte royale de 848 dans laquelle Charles le Chauve entérine un échange de terres entre l’évêque de Paris et l’abbé de Saint-Maur-des-Fossés. La forêt devient propriété de la couronne à la fin du X° siècle mais c’est dans une charte de 1037, par laquelle Henri Ier accorde des droits d’usage dans la forêt aux moines de l’abbaye de Saint-Maur, que la présence royale est mentionnée pour la première fois à Vincennes. D’autres droits seront accordés à différentes abbayes parisiennes jusqu’en 1164, date de la fondation du couvent des Bonshommes de Grandmont par Louis VII, qui donne aux moines un enclos et un prieuré. Louis VII possède un pavillon de chasse dans la forêt de Vincennes, la plus proche du palais de la Cité où il réside fréquemment. Dès le début de son règne, Philippe Auguste rachète les droits d’usage qui avaient été accordés dans la forêt afin de constituer un domaine de chasse. Il fait construire un manoir, qui constitue la première résidence royale à Vincennes (disparue au XIX° siècle), et élever en 1183 un mur de pierre pour protéger cet espace destiné à la chasse (ce mur restera en place jusqu’aux aménagements du Second Empire). Saint Louis fait construire en 1248 une chapelle dédiée à saint Martin pour abriter une épine de la Couronne du Christ qu’il a acquise de l’empereur d’Orient Baudoin II. Il agrandit le manoir d’un donjon car Vincennes constitue désormais la deuxième résidence du roi après le palais de la Cité et chacun connaît la fameuse scène, rapportée par Joinville dans la Vie de saint Louis, du roi rendant la justice sous un chêne du bois de Vincennes. 
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