
Gérard Lefort
En 1983, le Palais des Festivals est une nouveauté toute en béton nervuré, verre fumé et inox brossé qui a été inaugurée en décembre de l’année précédente. « Une splendeur », « un vaisseau amiral », « une locomotive », proclament les dépliants officiels de la ville de Cannes mais il vaut mieux oublier les noms des architectes ayant conçu cette prétendue merveille : culs-de-sac innombrables, recoins bizarres, toilettes introuvables, ascenseurs capricieux et escalators qui ont le don curieux de faire marche arrière alors qu’on leur demande d’aller de l’avant. Le tout nimbé d’une forte odeur de peinture à peine sèche. C’est beige, c’est moche, c’est sombre et pas pratique du tout. On s’y perd à l’envi entre deux palmiers en pot qui agonisent. (…)
Qui a eu l’idée fulgurante de rebaptiser fissa le nouveau Palais des Festivals du nom de code exorciste de « bunker » ? Quoi qu’il en soit, le pli est pris, et jusqu’à aujourd’hui le « bunker » fait florès dans la presse nationale puis internationale tant en effet cet amas architectural évoque les riches heures du mur de l’Atlantique. Le samedi 7 mai 1983, j’écris dans Libération un éditorial énervé qui fera quelque boucan mais sera finalement ovationné à l’applaudimètre subliminal de mes collègues : « Le nouveau Palais des Festivals est un capharnaüm, une jungle répugnante (…) un lieu de transit aussi, intestinal donc : et nous, au milieu, comme bol alimentaire (au début) et pauvres merdes (à la fin). »
La foire aux vanités, souvenirs du festival de cannes







