
Santiago H. Amigorena
Il y avait, dans le faste de la fin des années 80 et le début des années 90 du siècle dernier, dans ce faste qui était aussi le chant du cygne d’un festival qui appartenait exclusivement au cinéma et aux cinéphiles car la télévision, n’ayant pas encore commencé de le financer et de se l’approprier comme elle le ferait à partir de 1993, n’y était pas encore omniprésente, il y avait dans ces derniers instants d’un festival qui, s’il n’était plus celui des années 1960 et 1970, gardait encore le souvenir de l’avoir été, - il y avait encore, dans l’agonie de ce festival de Cannes que j’ai aussi connu, un joyeux mélange d’à peu près tout ce que le cinéma porte en lui. Ce septième machin, dont la mère est l’Art et le père l’Industrie, et dont les oncles et tantes se nomment Musique, Littérature, Peinture, mais aussi Banque, Luxe, Misère, Optique, Métallurgie, Exploitation et Misogynie, conglutinait encore, pendant douze jours sur la Côte d’Azur, les cinéastes les plus doués, les critiques les plus exigeants et les spectateurs les plus attentifs. Entre 1987 et 1992, l’ancien festival était déjà mort, mais son souvenir était encore vivant : bien que les années 1980 et leur épaisse vulgarité eussent déjà commencé d’accomplir leur lent labeur funeste - celui d’enterrer le passé et de dévaluer définitivement l’expérience -, lors de la montée des marches, on applaudissait davantage les stars de cinéma que les présentateurs télé.
Le Festival de Cannes ou Le Temps perdu







