
Gilles Jacob
« Vous voyez que c’était pas la peine de vous faire du mauvais sang ! », me dit Pierre Billard à l’ouverture du nouveau Palais en mai 1983, tout se passe comme sur des roulettes… J’acquiesce, tout heureux. C’est vrai que les festivaliers sont contents et la presse aussi. Mais qu’une salle entière siffle en vous regardant méchamment, et l’on conserve en mémoire toute sa vie cette scène d’épouvante. Car, naturellement, dès le lendemain, les ennuis commencent. Les projecteurs - du matériel tout neuf - tombent en panne brusquement. Les lampes claquent, des lampes qui coûtent des fortunes, et pas de stock de rechange suffisant. Les films sont interrompus, les spectateurs protestent, les metteurs en scène se ruent vers la cabine où les projectionnistes ne savent plus où donner de la tête. Affolement. Honte. Fragilité d’un festival. On doit faire des annonces. Mais que dire ? Pannes intermittentes égalent pannes difficiles à identifier. Toujours prompts à faire des gorges chaudes, les journaux s’emparent de l’affaire. Le lendemain, les projectionnistes les lisent et, rendus furieux par cette atteinte à leur honneur professionnel, menacent de faire grève. (…) On réunit le conseil d’administration en pleine nuit. Ne valait-il pas mieux arrêter le Festival plutôt que d’être la risée du monde entier ? Voilà ce que c’était que d’essuyer les plâtres. Bref, on ne savait que faire. (…)
On continue à patauger, on fait des annonces, et peu à peu, mystérieusement, les choses rentrent dans l’ordre : le Festival trouve sa vitesse de croisière, mais c’est une affaire dont on parlera longtemps.
La vie passera comme un rêve







