
Gilles Jacob
Quelques semaines auparavant, l’affaire Langlois et son éviction de la Cinémathèque par Malraux avait jeté la Nouvelle Vague dans la rue, Truffaut en tête. Puis la France se bloqua progressivement et, même sur la Croisette, les esprits s’échauffèrent. Les étrangers présents au Festival n’y comprenaient goutte (…) Tout à coup, les cinéastes descendus de Paris bondissent sur la scène et réclament l’arrêt du Festival. Les usines étaient en grève, le gouvernement tergiversait, les évènements s’amplifiaient. Désarroi. Espérances. Qu’allait donc faire de Gaulle ? Nous, journalistes, étions partagés entre le souci professionnel de rendre compte du Festival et la curiosité de suivre la montée des exaspérations. (…)
Déboulent les mutins. Épaulés par des metteurs en scène déjà sur place, des exploitants comme Claude Makovski, des producteurs comme Claude Nedjar, Truffaut, Godard, Lelouch et consorts n’ont de cesse de convaincre leurs confrères du jury de démissionner pour marquer l’arrêt de la compétition. Aussitôt, Louis Malle bascule de bonne grâce : sa barbe toute neuve et son coeur sont du côté des manifestants. (…)
Fin manoeuvrier quoique décontenancé, Favre Le Bret ne sait à quel saint se vouer. Il veut par-dessus tout sauver son festival. Mettant en avant le risque que les étrangers ne reviennent pas l’année suivante, il a proposé de continuer les projections en supprimant la compétition. Mais c’est déjà trop tard. (…) Le coup de grâce fut donné quand Carlos Saura, en une scène restée célèbre s’accrocha au rideau pour qu’on ne passe pas… son propre film. Il s’associait ainsi aux insurgés. Geste de solidarité que sa femme et actrice de l’époque, Geraldine Chaplin, imita aussitôt. Peppermint frappé frappa surtout les esprits.
Le lendemain, un communiqué laconique du conseil d’administration, rédigé par Favre Le Bret, annonça, la rage au coeur, l’arrêt du Festival.
La vie passera comme un rêve







