
Frédéric Mitterrand
La fameuse « montée des marches » dont tout le festival va se gargariser pendant dix jours c’est comme le nez de Rosy de Palma, un défaut de construction passé atout maître du glamour. Contraindre les heureux élus du festival en tenue de soirée à une pénible ascension pour atteindre le saint des saints était une aberration de plus à mettre sur le compte déjà bien chargé des architectes du palais bunker. Gilles Jacob a su tirer habilement parti de cette bévue, aménageant un seuil au bas de l’escalier où sont parqués les paparazzis, engageant un aboyeur physionomiste comme dans les grandes maisons pour présenter aimablement les alpinistes en les forçant à sourire devant les caméras qui les exposent à l’admiration populaire sur grand écran comme au Stade de France, siégeant lui-même entouré de ses affidés sur le palier du Nirvana pour accueillir les impétrants avec une politesse royale. Dédouané par tant d’usages raffinés le désir de plaire a profité pleinement de l’étiquette, du tapis rouge et des palmiers en pot ; la montée des marches est la minute warholienne de célébrité planétaire, le film des films où le narcisse cinéma se mire dans son reflet en mondovision. (…) C’est à se genre de détail, surface émergée d’un iceberg d’organisation impeccable, que le Festival de Cannes est resté le premier d’entre tous, formidable machine à ventiler la terre entière et à faire rêver de cinéma dans un mouchoir de poche où le reste de l’année, il y a du soleil mais pas beaucoup de lumière.
Le Festival de Cannes







