
Frédéric Mitterrand
François Chalais savait mieux que personne que l’on peut raconter des grandes histoires avec les bouts d’histoires des autres et qu’il y a autant de poésie dans les images des paparazzis voleurs et des reporters en planque sur la Croisette que dans bien des longs métrages aux scénarios trop léchés. Il était particulièrement à son affaire à Cannes où la fantaisie et le désir rédigeaient le script au jour le jour, enrôlant par surprise une distribution que même Zanuck ne pouvait s’offrir. Lili Palmer riant sur l’épaule de David Niven au pique-nique des îles de Lérins, Magali Noël qui danse le mambo la nuit sur la plage éclairée par les phares de voiture, Mélina Mercouri chantant « Les Enfants du Pirée » sur les marches de l’ancien palais, Alain Delon et Romy Schneider en voiture de sport avec Magda, la mère de Romy, qui les surveille à l’arrière, Jayne Mansfield jouant surprise et confusion après avoir perdu le soutien-gorge de son bikini dans la piscine de la Bégum, Sophia Loren qui court devant le Blue Bar avec sa robe soulevée par le vent, Marcello Mastroianni fatigué qu’on lui demande s’il est content de passer pour le nouveau tombeur de la via Veneto, Martine Carol qui se dit si heureuse d’être de retour alors qu’on lit la panique dans son regard, les starlettes traînant leurs valises dans les petits hôtels de la rue d’Antibes et qui posent sur le sable devant des essaims de jeunes mâles, « mouille tes lèvres, pointe tes seins et pense aux hommes, un de ces petits cons en blouson de daim finira bien par t’emmener au Palm Beach ».
Le Festival de Cannes







