
Frédéric Beigbeder
Les deux phrases qu’on entend le plus souvent au Festival de Cannes sont : « C’était mieux l’an dernier » et « Il y a mieux ailleurs ». Où que vous soyez, quoi que vous fassiez, vous serez toujours au mauvais endroit : il y aura toujours un truc préférable autre part. D’où cette frénésie hystérique qui pousse tous les festivaliers à vivre avec leur téléphone portable soudé à l’oreille. (…) La quête du Graal, ici, consiste à rechercher obstinément une fête plus drôle que celle où l’on se trouve. Rater une soirée semble pire que la mort : une torture abominable. Qui me dit que j’ai bien fait d’aller au dîner de France télévision sur la plage du Majestic ? Dans la boîte de Canal +, ai-je bien fait de danser avec Axelle Laffont et Clotilde Courau plutôt qu’avec Emmanuelle Béart et Charlotte Gainsbourg ? Pourquoi Pierre Lescure me regarde-t-il fixement : est-ce que j’ai une tête d’animateur télé ? Existe-t-il une fille plus belle que celle qui m’embrasse maintenant ? N’y a-t-il pas, quelque part, dans cette ville, à l’heure où j’écris ceci, quelque chose de plus intéressant à faire que ce que je fais ? Voilà : à peine suis-je au paradis que j’en perds déjà la raison ; je suis entré dans l’enfer du show-biz.
L’Égoiste romantique







