
Jean Bresson
Le Palm-Beach traverse les années 73-80 sans problème. C’est qu’à Cannes, si l’on a pas de pétrole, on a ceux qui en ont. Avec une remarquable faculté d’adaptation, la ville et ses animateurs se mettent à l’heure du Moyen-Orient. (…)
Si les orientaux aiment Cannes, c’est bien entendu en raison de la douceur de son climat, mais aussi parce qu’ils ne sont pas importunés par la population autochtone qui, depuis longtemps, a appris à se montrer discrète, une des formes les plus évoluées de la politesse, ou de l’indifférence. Les émirs ou leurs hommes d’affaires répugnent de leur côté à se donner en spectacle. Par contre, ils achètent à n’importe quel prix des domaines, des propriétés, des appartements. Le prince Fahd, Premier ministre et héritier de la couronne d’Arabie saoudite, a racheté le château de l’Horizon ; le château de Bagatelle est entre les mains du richissime Mouaffak Al Midani, le prince Talal s’est installé à la villa Araucaria, le château Louis XIII est au prince Al Midani, et la villa Canta Joia au neveu du roi Khaled, le prince Turky, occupe deux étages complets au Majestic. Au nouveau Gray d’Albion, dont l’hôtel, acheté par un groupe libanais ayant Olivier Giscard d’Estaing comme vice-président du conseil d’administration, abrite dans un triplex de grand luxe Mazen Pharaon, non pas égyptien comme on pourrait le croire, mais saoudien fastueux lui aussi. Akram Ojjeh, premier acheteur du France, actionnaire principal des Chantiers de l’Esterel à la Bocca, possède plusieurs demeures entre Cannes et Mougins.
Il a fallu la disparition mystérieuse de huit milliards de centimes, en juillet 1980, pour qu’on sache qu’Ahmed Al Tani, fils de l’ex-émir du Qatar, habite avec sa nombreuse famille une villa de quatre étages tout en haut de Super-Cannes. En revanche, Adnan Kashoggi, « Monsieur 15% » de tous les échanges commerciaux entre le Moyen-Orient et le monde occidental, occupe sans s’en cacher, sur la Croisette, un duplex au Marly, avec piscine sur le toit, d’où il peut voir son yacht blindé, aussi grand qu’un paquebot de croisière, le Nabila.
Tous ces émirs, ces financiers pétrodollars font flamber de nuit le jeu au Palm-Beach. Dans la discrétion la plus totale. On ne connaît ni le montant des mises, ni les gains ou les pertes. Le black-out intégral.
La Fabuleuse Histoire de Cannes







