
Henry-Jean Servat
Le restaurant provençal du 13 de la rue des Frères-Pradignac reste, au fil du temps, le symbole absolu du restaurant cannois par excellence, en temps de Festival. Toutes les célébrités venues parader à Cannes ont ici noué la serviette autour du cou et saucé les plats à défaut de les lécher. Les groupes arrivés à l’issue d’une projection préférant, non sans raison, dîner là que courir après les restes s’une fête bourrée de pique-assiette sur les hauteurs de la ville. Feue la mère Besson, accorte cuisinière à formes girondes, lunettes rondes et tablier à carreaux, mitonnait dans sa cuisine, ouverte à la vue et aux fumets, de grosses casseroles de recettes épicées qui titillaient les papilles. Lorsque les colonnades de la salle commencèrent à s’effriter et que la patronne eut disparu, il fallu restaurer les lieux. L’établissement chouchou des festivaliers des premières heures fut rafraîchi et pasteurisé de rose. Yves Martin, neveu de la Mère, et sa femme Margaret, originaire des Pays-Bas, prirent la direction des commandes le 1er avril 1978 et font désormais monter les sauces.
Depuis le commencement des commencements, les menus restent les mêmes ; lundi, c’est l’estoufade à la provençale, mardi l’aïado, une épaule d’agneau roulée à la purée d’ail, mercredi la bourride (qui a remplacé la poitrine de veau farcie à la niçoise), jeudi, le lapereau farci aux herbes de Provence, vendredi, l’aïoli, samedi, l’osso buco.
La légende de Cannes







