
Jacques Laurent
Nous descendîmes dans un hôtel doux situé sur le port devant un mélange de yachts et de barques de pêche. (…)
À midi, la plage était chaude et la mer mordante mais praticable quelques minutes entre de longues pauses au soleil. On vendait des oursins sur le port. La rue d’Antibes était pleine de cinémas.
Nous dormions tard le matin, flânions au lit ; à chaque éveil, l’éclat chaud du ciel nous faisait cligner des yeux et sourire. Arrivaient, enlacés, le choeur hystérique des mouettes, le craquement des mâts, l’accent des voix méridionales.
Nous partions vers la plage du sud qui était presque déserte, allongée entre mer et route. Parfois, un ouvrier en bicyclette ralentissait ou s’arrêtait carrément pour regarder Jeanne se rhabiller, passant sa combinaison par-dessus le maillot qu’elle faisait glisser le long du corps, girant du bassin, creusant le ventre ; le vent agitait la combinaison bordée de dentelles. Jeanne restait ainsi un instant, immobile, battue par l’air, luttant contre les envols de ce fragile vêtement, plus nue que nature, avant de passer la grande robe de toile rose où le vent s’engouffrait et continuait de s’engouffrer pendant que nous revenions sur les bicyclettes que nous avions louées.
Nous profitions des dernières grandes forces d’un soleil qui, dès midi passé, s’alanguissait, pour manger des oursins à la terrasse d’un bistrot. (…)
Nous remontions dans la chambre pour nous offrir encore le plaisir de refermer les volets comme pendant l’été. Puis je laissais Jeanne pour m’installer à la bibliothèque de la mairie devant un livre de philosophie. Ce lieu doux où l’on chuchotait m’était si précieux qu’à la haute pendule silencieuse je guettais avec un vrai chagrin la fuite du temps qui produisait enfin la phrase fluide de la bibliothécaire annonçant : « nous allons fermer ». Au même instant Jeanne apparaissait. Elle n’aimait pas les bibliothèques, mais elle aimait les rendez-vous.
Les Bêtises







