
Paul Morand
21 février 1971 - Un matin au Patio. La qualité des ors sous le soleil : des bronzes de meubles laqués, de ceux des bleus de Chine, les orchidées dans l’éléphant de cristal, l’or vieux des cadres et des fauteuils. La table de marbre chargée de livres de luxe, le gazon vert clair, les giroflées mauves, la haie taillée, la mer bleu fort, le ciel bleu doux. Les tables basses avec objets vieil argent ; le Lautrec, les deux Corot d’Italie, le Vuillard, le Van Gogh (sa rudesse pauvre où ressort tant de richesse, comme une insulte, un défi). Vieux tapis devenu si mince.
On nous a servi à déjeuner cette chose immangeable, une bouillabaisse, mais admirable à voir, sur un grand plat ; rouge et or, plein de monstres tordus, de rascasses à crocs de murènes ; après avoir été mangés les poissons encore plus beaux d’être déchiquetés, hérissés d’arêtes, tordus, dressés de la queue, un massacre marin prodigieux.
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