
François Chalais
Pour moi, tout devait commencer un matin de 1946, lorsque le directeur du journal auquel je collaborais, et qui ne s’était pas encore aperçu qu’il avait tout à perdre à se passer de mes services, me demanda si un petit séjour sur la Côte d’Azur ne contrarierait pas trop mes projets. Il avait même eu l’extrême obligeance de me désigner le lieu de ma villégiature : Cannes. De cette ville, je ne savais pas grand chose, sinon que le climat devait y être plus favorable que celui de la région parisienne à la même époque.
Frais ou plutôt pas très frais, émoulu de l’Occupation sans pain et des armées à suivre sur les routes qui n’avaient qu’un rapport lointain avec celle des vacances, j’ignorais les rivages de la Méditerranée. Cannes était pour moi la capitale d’une opérette géographique réservée à des Anglais d’un autre âge, et à des pêcheurs de bouillabaisse entrés en dissidence contre ceux de Marcel Pagnol. Je pris donc ma brosse à dent, le train et un air d’importance.
Depuis, plus de vingt-cinq ans ont passé. Mon air d’importance a perdu de sa superbe en prenant des rides que je ne suis pas sûr de pouvoir faire passer pour des traits de caractère. Le Festival est resté.
Les Chocolats de l’entracte







