
Colette
Sur la mer, un bateau tire après lui son ski nautique, insecte d’argent au bout d’un fil. Au loin et couplés, ennoblis par la distance, leur pariade est la seule qui évoque, ici, l’idée de l’amour. Tout le reste… Je n’ai jamais vu, je crois, une foule moins amoureuse, ni plus nue, que Cannes 48. Serrés, ils ont l’air voluptueux autant qu’une caque pleine. Pourtant, qu’il fait beau, alors que partout ailleurs il pleut !
« Encore un tour ? »
On me l’accorde au ralenti, entre la mer et les couturiers, la mer et les joailliers, la mer et les marchands de sandales, de soutiens-gorge et de jus de fruits, la mer et les hôtels et les voitures et les éventaires de fleurs et les insolés et les femmes au brou de noix… Un hôtel jaune dépasse toutes les proportions raisonnables, se rit de l’harmonie architecturale. Un orchestre essaie de faire entendre en plein air sa petite voix maigre. Sur les femmes, en guise de costumes balnéaires, je recense des shorts, plissés ou non, en tissus pauvres et fleuris, des gorgerins comme le creux de la main. Cela sert de tenue de promenade et de vêtement d’après-midi ; l’ourlet en haut de la cuisse est un peu graisseux, un peu crasseux, à cause de l’huile. Les hommes, nantis d’un slip bref et révélateur, s’en tirent à meilleur compte. Tant femmes qu’hommes, ils sont trop… « Voulez-vous faire encore un tour ? - Non, merci » Au fond, je ne sais pas très bien, ici, si toute cette chair diverse et exhibée me rend végétarienne, ou si je suis terriblement jalouse de ceux qui jouissent de l’eau salée, de l’agilité, de la nudité…
Le Fanal bleu







