
« Moulin » de László Nemes, avec Gilles Lellouche, Lars Eidinger et Louise Bourgoin.
Prenez un grand cinéaste, tel le Hongrois László Nemes, qui réalisa « Le Fils de Saul » (2015), Grand Prix au Festival de Cannes et Oscar du meilleur film en langue étrangère cette même année.
Donnez-lui pour le rôle titre un acteur de premier plan et bancable, comme Gilles Lellouche, par ailleurs réalisateur reconnu.
Ajoutez un bon scénario centré sur la dernière mission, en juin 1943, de Jean Moulin et son arrestation par Klaus Barbie, le chef de la Gestapo de Lyon, marquant ainsi le début d’un impitoyable chemin de croix… gammée, où le héros emblématique de la Résistance française, interrogé sans pitié et torturé à mort, gardera le silence jusqu’à la fin.
Toutes les conditions n’étaient-elles pas réunies pour faire un chef-d’oeuvre ?
Pourquoi alors suis-je resté durant toute la projection à distance du film, sans jamais passer de l’autre côté du miroir et être emporté par l’émotion ?
Ce que je subodorais à priori, s’est confirmé, hélas !
Malgré toutes ses qualités personnelles, Gilles Lellouche, à la maturité et à la virilité trop affirmées, n’était pas l’acteur idoine pour incarner le personnage de Jean Moulin, icône définitivement juvénile et d’apparence plus sensible, quasi féminine de notre Histoire nationale.
C’est comme si on avait demandé à Jean Gabin d’endosser le rôle de Federico García Lorca !
Et pourquoi le scénariste a t-il cru bon d’introduire ce personnage de comtesse de Forez, interprété par Louise Bourgoin : une cliente de Jean Moulin, lui permettant de justifier ainsi sa venue à Lyon sous le masque d’un pseudo décorateur d’intérieur et qui va s’enticher de lui ?
Etait-ce pour donner une touche virginale à la mise en scène lyrique, empreinte de religiosité de László Nemes, qui n’hésite pas à hisser le héros du film au niveau du martyr ?
Seul Lars Eidinger m’est apparu juste et convaincant dans son rôle de Klaus Barbie.
C’est un peu court pour un potentiel chef-d’oeuvre, réduit ici à un terrifiant jeu du chat et de la souris entre le résistant et son tortionnaire.
Je comprends mieux, dès lors, pourquoi ce film, présenté en compétition au dernier Festival de Cannes, n’ait pas permis aux membres du jury de lui accorder le moindre prix.
https://www.youtube.com/watch?v=E7UBVcusWk0






