
Yvette Labrousse élue Miss France 1930 à Paris.
Les chocolats de la Begum.
Entre la fin des années 1950 et le début des années 1960, mes parents nous envoyaient passer, mon frère et moi, une grande partie de l’été au col Saint-Jean à Sospel, la colonie de vacances de la commune du Cannet.
Je me souviens qu’un dimanche après-midi, tous les enfants furent rassemblés dans la cour principale, en prévision d’une visite prestigieuse.
C’est ainsi que nous vîmes arriver la Begum, accompagnée du maire et de quelques autres personnages officiels du Cannet.
Sur une table, de grandes boîtes avaient été installées, dans lesquelles chacun d’entre nous, regroupés pour l’occasion à la queue leu leu, put prélever un chocolat.
Bien sûr, je connaissais, de réputation, cette éblouissante et grande dame, si souriante, bien habillée, coiffée et embijoutée, mais je ne l’avais jamais jusqu’alors approchée de si près !
De même que les monégasques avait leur princesse, Grâce Kelly, à Cannes et au Cannet, nous avions la Begum.
Une ex reine de beauté, de condition modeste, qui avait épousé l’Aga Khan, réputé être l’homme le plus riche du monde.

Mariage de l’Aga Khan et d’Yvette Labrousse le 9 octobre 1944, à Vevey, en Suisse. Il a soixante-sept ans et elle trente-huit.
Souvent je passais à vélo devant l’entrée de la villa Yakimour, admirant, au passage, le majestueux escalier fleuri, conduisant à une demeure masquée à la vue au lointain.
Fille d'Adrien Labrousse, chauffeur de tramway, et de Marie Bouet, couturière d'origine lyonnaise, Yvonne Blanche Labrousse passa sa jeunesse à Oullins, dans le Rhône.
Elle fut d'abord élue reine de Lyon puis première dauphine de Miss France en 1929, manquant de peu le titre à cause de sa trop grande taille (1,83 m).
L’année suivante, se représentant à nouveau, elle fut finalement élue et devint la 6e Miss France de l’histoire de ce tout récent concours de beauté.
Représentant la France à travers le monde, elle rencontra alors en Egypte son futur époux, Aga Khan III.
Se convertissant à l'islam et prenant le nom de Om Habibeh, elle l’épousa le 9 octobre 1944, devenant ainsi la Begum des ismaéliens.
Elle accomplit un pèlerinage à La Mecque en 1955.
En reconnaissance des services rendus, son époux, honoré chaque année par ses fidèles de son poids en or, lui donna le titre sacré de Mata Salamat (Mère de Paix).
Le 3 août 1949, elle fut victime d'un vol de bijoux lors de l'attaque de la Cadillac qui transportait le couple de la villa Yakymour vers l'aéroport de Nice.
Ce vol des bijoux de la begum, organisé par le truand Paul Leca, aurait inspiré Les Bijoux de la Castafiore à Hergé, la Bégum s'étant exclamée : « Ciel, mes bijoux ! »
Son époux est mort le 1er juillet 1957.
Conformément à ses souhaits, elle lui élèva un mausolée en Égypte, car, dit-elle, « il avait l'habitude de dire que l'Égypte est le drapeau de l'islam ».
Veuve, elle s'installa définitivement dans sa résidence du Cannet baptisée Yakimour (contraction d'Yvette, Aga Khan et amour) et consacra la majeure partie de son temps aux oeuvres caritatives et aux mondanités.
Elle mourut le 1er juillet 2000 au Cannet à l'âge de 94 ans.
Son corps a ensuite été rapatrié en Egypte où il a remonté le Nil en bateau pour être inhumé dans le mausolée, aux côtés de la dépouille de son mari.
La superbe entrée de la villa Yakymour sur les hauteurs du Cannet.

L’actrice Jayne Mansfield et la Begum au Festival de Cannes en 1958.

La Begum dans les jardins de la villa Yakymour, dans les années 1960.

Sophia Loren, Presidente du jury du Festival de Cannes, rend une visite de courtoisie à la Begum dans sa villa Yakymour, en mai 1966.






