
« Les Roches Rouges » de Bruno Dumont, avec Kaylon Lancel, Kelsie Verdeilles, Louise Podolski et Mohamed Coly.
Si le paradis terrestre existe, il pourrait se lover, entre mer et montagne, du côté du viaduc d’Anthéor, à l’entrée ouest du massif de l’Estérel.
L’un des paysages de ma propre enfance dont je me demande bien à quel moment j’en ait été chassé ?
Là, le temps d’un été, une bande d’enfants n’ayant pas encore atteints l’âge de raison s’adonnent à sauter, en toute liberté et insouciants de tout danger, depuis les rochers rouges dans les profondeurs de la Méditerranée ou à sillonner sur leurs quads électriques les routes et les chemins des hameaux alentours.
Parmi eux, le petit Géo, d’à peine 5 ans, éprouve, le temps d’un été, ses premiers élans amoureux pour la jolie Eve : une blondinette aux yeux clairs, comme lui, mais physiquement plus grande et déjà pourvue d’un petit « amoureux ».
C’est ce monde de la prime enfance, où l’amitié se mêle à la rivalité et à la jalousie, et où les adultes sont relégués à de la simple figuration, que nous donne à voir, dans toute la splendide singularité du décor azuréen, la caméra de Bruno Dumont.
Une histoire épurée, d’avant la sexualité, que le cinéaste filme avec une étonnante économie de moyens.
Comme si, lui aussi, tendait à retourner de plus en plus à l’enfance du cinéma.
Un cinéma sans musique et pratiquement sans dialogues pour ces enfants qui s’expriment essentiellement par leur mimiques et où tout passe à travers leurs regards.
Avec une bande-son composée uniquement des bruits de la nature, ponctuée par le vrombissement sourd des trains venus du nord et se dirigeant à toute vitesse vers l’Italie, en passant sur le viaduc situé juste au-dessus de la tête des enfants.
Beau, lumineux et un brin austère, comme un film des frères Lumière, qui aurait pu être titré,
« L’Entrée en rade de l’Estérel ».
https://www.youtube.com/watch?v=9RKV1nX8SFM





