« L’Abandon » de Vincent Garenq, avec Antoine Reinartz, Emmanuelle Bercot et Emma Boumali.



   Le 16 octobre 2020, Samuel Paty, professeur d’Histoire-Géographie, fut sauvagement assassiné à la sortie de son collège de Conflans-Sainte-Honorine. 

   Qui était-il, que lui reprochait-on et comment un tel drame a-t-il pu advenir ?

   Autant de questions auxquelles le film du réalisateur Vincent Garenq apporte les réponses, avec clarté, sobriété et efficacité.

   Divorcé, père d’un petit garçon, Samuel Paty était un homme solitaire et discret, passionné par son métier, apprécié par ses collègues et ses responsables hiérarchiques.

   Respectant ses élèves, qui le lui rendaient bien, son crime aura été d’avoir exercé ses fonctions en conscience et avec courage.

   Ne savait-il pas qu’en inscrivant légitimement à son programme un cours sur la liberté de la presse dans les sociétés laïques, en s’appuyant sur les caricatures de Mahomet après l’attentat qui a décimé la rédaction de Charlie Hebdo, il allait déclencher un engrenage qui lui serait fatal ?

   Son seul tort, pointé par le représentant de l’Education nationale, aurait été d’avoir autorisé les élèves qui le désiraient de ne pas regarder les diapos ou même de sortir de la classe durant leur projection. 

   Un excès de délicatesse assimilé à une forme de discrimination communautaire !

   Dès lors, les mensonges d’une élève, les emballements de son père, la récupération de l’affaire par un islamiste prosélyte haineux, le tout relayé sur les réseaux sociaux, vont enflammer les choses.

   Non, Samuel Paty n’a pas été à proprement parler abandonné.

   Tout au contraire, il sera remarquablement soutenu par la principale du collège, la plupart des membres du personnel et ses collègues, à de rares exceptions près, ainsi que par les parents d’élèves, notamment ceux de confession musulmane. 

   Ainsi, plusieurs bonnes âmes se relaieront pour le conduire à son travail et le reconduire à son domicile en voiture.

   Mais une mauvaise estimation de la situation, de la part des divers services de police, du maire de Conflans-Sainte-Honorine, qui refusa d’apporter à l’intéressé la protection de la police municipale, s’additionnant aux lourdeurs labyrinthes d’une administration paperassière, ainsi qu’un malheureux concours de circonstance aboutiront à la terrible issue que nous connaissons. 

   On craignait des manifestations contre le collège, qui n’eurent pas lieu, sans voir qu’il s’agissait en fait d’une fatwa ab hominem contre Samuel Paty.

   C’est alors qu’à la veille des vacances de la Toussaint, tandis que l’on pensait que les choses allaient s’apaiser, un professeur d’Histoire-Géographie fut poignardé à dix-sept reprises, éviscéré puis décapité au cri de « Allah ou akbar ! » en pleine rue.

   Un film exemplaire et nécessaire, qui rend un hommage vibrant à son héros, à montrer prioritairement dans les collèges.

   Une oeuvre qui honore le Festival de Cannes, la plus prestigieuse manifestation cinématographique internationale, qui n’a pas hésité à l’inscrire en tête de sa programmation officielle.

   On peut regretter malgré tout que le film y figure en hors compétition ?

   Mentionnons toutefois l’interprétation remarquable d’Antoine Reinartz et d'Emmanuelle Bercot.

https://www.youtube.com/watch?v=gTAUdBL_K00





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