« Anatomie d’une chute » de Justine Triet, avec Sandra Hüller, Swann Arlaud, Milo Machado Graner et Antoine Reinartz.


   Je m’attendais tellement à une déception annoncée que je ne pouvais qu’être agréablement surpris.

   C’est en effet ce qui s’est passé à la projection de cette « Anatomie d’une chute », malgré la malencontreuse réaction de sa réalisatrice à l’occasion de la remise de la Palme d’Or au dernier festival de Cannes.

   Un buzz volontairement organisé ?

   Mais disons plutôt en quoi ce film est une réussite.

   Il y a tout d’abord un scénario, superbement structuré et écrit en duo avec son compagnon le cinéaste Arthur Harari, qui nous tient perpétuellement en équilibre précaire au-dessus du fil ténu de la vérité de l’histoire : meurtre, accident ou suicide ?

   Il y a aussi des trouvailles dans le processus narratif, telle la scène télescopique où le défunt père parle, en flash back et en un autre lieu, avec la voix de son fils témoignant au procès de sa mère.

   Et pour donner corps à tout cela, il y a surtout des comédiens impeccables : une éblouissante Sandra Hüller dans le rôle de la mère, un Swann Arlaud au meilleur de sa forme, dans celui de l’avocat de la défense rétroactivement amoureux de sa cliente et un Antoine Reinartz, au-delà de l’insupportable dans son interprétation de l’avocat général.

   Ajouter à cela l’émouvant Milo Machado Graner, incarnant avec intelligence le fils malvoyant de onze ans du film, et l’étonnant chien Messi, qui n’hésite pas à payer de sa personne, par souci d’authenticité de son jeu, et qui mériterait à lui seul que l’on créé un prix d’interprétation animale !

   Cette « Anatomie d’une chute », une chute tout autant physique que morale, c’est l’histoire d’un couple où l’un est parvenu à réaliser son rêve et l’autre pas : être ou ne pas être écrivain.

   C’est aussi une subtile variation sur le double thème de la littérature et du cinéma.

   Et, en tout état de cause (buzz intentionnel ou acte inconscient d’une réalisatrice paniquée par la suprême récompense et tentant maladroitement de réaffirmer sa liberté de créer ?), une Palme d’Or parfaitement justifiée.

https://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19601474&cfilm=297303.html





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