
Patrick Modiano
- Etiez-vous fasciné par les actrices et les starlettes ?
- C’est lié à des souvenirs d’enfance, j’ai vu le côté pathétique des comédiens dans les coulisses… J’avais été très frappé par une fille qui s’appelait Bella Darvi, qui s’est suicidée. Il y avait un côté tragique chez ces filles, elles avaient souvent des destins terribles… On les voit comme des silhouettes, au fond de certains films, c’est bizarre… Il faut bien dire que les gens de la Nouvelle Vague étaient assez puritains, assez timides et fascinés par ces filles qui menaient une vie un peu… Elles apparaissent souvent à l’arrière-plan de leurs films, comme cette fille qui s’appelait Dorothée Blank et qu’on aperçoit dans certains Godard… C’est émouvant parce qu’on les verra pour l’éternité au fond de certains films, elles sont immobilisées par la pellicule… On ne peut avoir que de la tendresse pour les acteurs et les actrices de cinéma, ils sont tellement fragiles, ils ont de tels problèmes d’identité, on les identifie tellement à des images qui ne leur correspondent pas du tout dans la vie réelle… Et les hommes sont tout aussi émouvants que les actrices…
Les Inrockuptibles, 7 mai 1997







