
« Notre salut » de Emmanuel Marre, avec Swann Arlaud, Sandrine Blancke, Harpo Guit et Mathilde Abd-El-Kader.
Qu’aurions nous fait en 40 ?
Même si l’on aurait tendance à s’imaginer du côté des résistants, comment être sûr que l’on n’aurait pas glissé sur la pente savonneuse de la collaboration !
Pour Henri Marre, l’arrière-grand-père de Emmanuel Marre -qu'il n'a pas connu et qui est mort solitaire à Cannes-la-Bocca au début des années 1960-, la question ne se posa pas.
Enfant de bonne famille bourgeoise, patriote convaincu, auteur d’un traité politique édité à compte d’auteur, « Notre Salut », le Maréchal Pétain fut l’homme providentiel qu’il attendait.
C’est ainsi qu’après avoir dilapidé dans des affaires douteuses sa fortune et surtout celle de sa femme, il débarqua sans le sou, à l’orée de la cinquantaine, à Vichy.
Loin de son épouse et de leurs trois grands enfants, nous le découvrons particulièrement déterminé à trouver, coûte que coûte, l’emploi qu'il estimait lui revenir de droit au sein de la nouvelle administration mise en place dans la France de la débâcle.
Revanche ou opportunité ?
L’anti héros du film de Emmanuel Marre est l’exact contraire du De Gaulle du triptyque d’Antonin Baudry, présenté en hors compétition au Festival de Cannes 2026.
En compétition, son film y a créé l’évènement, ratant de peu la Palme d’or, mais obtenant en lot de consolation, le Prix du scénario.
Premier long métrage, écrit et réalisé par Emmanuel Marre, qui avait jusqu’alors co-réalisé avec Julie Lecoustre « Rien à foutre » (2020), avec Adèle Exarchopoulos, « Notre salut » est tout à la fois un film historique, un biopic, un film d’amour et un film littéraire : la correspondance passionnée entre Henri Marre et sa femme en structure le scénario et lui donne toute sa dimension de film d’auteur.
Une oeuvre intimiste et personnelle, tout autant qu’historique et morale, où il ne s’agit pas pour le spectateur de juger mais de comprendre et de se projeter.
Un superbe travail de cinéaste, filmé caméra à l'épaule, aux gros plans et cadrages tremblés, où tous les rôles sont soigneusement écrits et interprétés (Swann Arlaud n’aurait pas démérité pour le Prix d’interprétation masculine) et où la bande musicale contemporaine accompagnant certaines scènes comme « Life is life » sur des images d'archives ou lorsque les protagonistes se mettent à danser sur « Popcorn », à pour but de bien marquer l’universalité et l’intemporalité de cette histoire, qui est aussi un peu la nôtre.
https://www.youtube.com/watch?v=6V54Q8DaWjU






