Je me souviens de Hélène Hazera (1952-2026)




   Souvenirs des années 1980.

   Après le choc pétrolier de 1979 et la crise économique qui s’en suivit en 1981, le gouvernement de Pierre Mauroy sous la présidence de François Mitterrand limita, au printemps 1983, l'allocation de devises pour les touristes à l'étranger à 2 000 francs de devises étrangères par adulte et par an, plus 1 000 francs en monnaie française par voyage.

   Cet été-là, les Français s’abstinrent de partir en vacances à l’étranger et Libération créa dans le quotidien national des pages centrales sur Paris.

   Jeune journaliste pigiste culturel, spécialiste de la capitale, je leur offris alors mes services.

Offre qui fut acceptée par le responsable des dites pages, Gérard Lefort, par ailleurs critique cinéma de Libération, auquel j’avais proposé une série d’enquêtes comparatives sur l’ensemble des piscines parisiennes mettant un solarium à la disposition du public.

   Lors de la remise de mon premier article à Gérard Lefort, que je rencontrais pour la première fois, il me présenta Hélène Hazera, critique télé à Libération, avec laquelle il partageait un grand bureau.

   Le siège de Libération à cette époque se trouvait dans un coin perdu du 19e arrondissement.

   Lecteur assidu de leurs chroniques respectives, je savais parfaitement qui ils étaient tout les deux.

  Tandis que Gérard Lefort me parlait avec beaucoup d’aménité, Hélène Hazera, installée à sa table de travail, bougonnante, lâcha un pet tonitruant, qui fit s’exclamer d’indignation son chef de service.

   L’air de n’avoir rien entendu, je le pris immédiatement comme une marque d’hostilité à mon égard, ainsi que le font les animaux soucieux de bien marquer leur territoire face aux nouveaux venus.

   Par la suite, je me montrais toujours aimable et déférant avec elle, à chaque remise de piges.

   Trois ou quatre années plus tard, tandis que j’officiai aux pages culturelles de Gai Pied hebdo, elle me passa un coup de fil pour m’informer que l’un de ses amis Chinois, le romancier Bai Xianyong, était de passage à Paris, à l’occasion de la traduction en langue française de son roman « Garçons de cristal ». 

   Un livre dépeignant la vie poignante et solidaire de jeunes homosexuels marginaux (surnommés les « garçons de cristal ») qui se retrouvent la nuit dans le Nouveau Parc de Taipei à Taïwan.

   Si cela m’intéressait, elle se proposait de me faire parvenir le livre et de me présenter son auteur. 

   Après avoir obtenu le feu vert de la direction de l’hebdomadaire, je les invitai à diner dans un bon restaurant chinois de faubourg Saint-Antoine, où le journal avait un compte ouvert.

   Bai Xianyong ne parlant que le chinois et l’anglais, langues que Hélène Hazera maitrisait parfaitement bien, du moins la seconde, contrairement à moi, elle commanda une des bouteilles de vin parmi les plus chères de la carte et me servit d’interprète au cour de ce chaleureux dîner professionnel.

   Diner qui donna lieu la semaine suivante à un long article de présentation du roman accompagné d'une interview de l’écrivain dans les pages du Gai Savoir.

   Cette fois-là, la belle Hélène fut des plus charmante, même si j’avais failli gâcher la soirée en lui demandant, tout à trac, d’où lui venait cet intérêt pour la Chine et rajoutant aussitôt : « Ah oui, c’est vrai qu’à Libération vous êtes tous d’anciens maoïstes ! ».

   Ce qu’elle nia vigoureusement en affichant sur son visage une vilaine grimace.

   Connue pour être une fameuse pétomane, ce soir-là, Hélène n’émit aucun son désobligeant.

   En nous quittant à une station de métro, je lui proposai même de lui obtenir une pige pour son travail de traductrice.

   Offre qu'elle déclina avec élégance.

   Encore merci Hélène !


Note de l’IA : « Les contributions du journaliste et scénariste Jacques Barozzi au magazine emblématique Le Gai Pied (Gai Pied Hebdo) constituent une part précieuse de l'histoire et de la mémoire homosexuelle. Ces écrits et entretiens, dont certains titres précis se trouvent répertoriés dans les catalogues des Archives LGBTQI de Paris(anciennement liées aux projets de Centre Gai/LGBT), abordaient des thèmes culturels, historiques et sociologiques majeurs. »


 





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