
Une bouleversante passion
Je suis venu pour la première fois à Lisbonne en juillet 1981, suite à ma rencontre l’hiver précédent à Paris d’Antonio Felicio, un jeune Portugais de 18 ans, qui m’inspira une violente passion amoureuse.
Un sentiment proche de la maladie, qui donna une nouvelle impulsion à ma vie aux abords de la trentaine.
C’est en sa compagnie que j’ai découvert son pays, sa culture, ses poètes et… la saudade.
Lisbonne, ancienne capitale européenne, était alors, avant l’entrée du Portugal dans la Communauté économique européenne (CEE ) en 1986, une ville grise, pauvre et encore toute empreinte de l’âme portugaise.
Ce qu’elle n’est plus, hélas !
C’est à ce jeune compagnon, dont le patronyme pourrait se traduire par Antoine le Bienheureux, et dont le départ me laissa désemparé après moins d’une année de vie commune, que j’ai dédié mon « Goût du Portugal » (2017).

Antonio Felicio photographié par Patrick Sarfati, 1982.
Brève histoire du Portugal
La légende veut que sur ce territoire, alors peuplé essentiellement de celtibères et où les marchands grecs et phéniciens vinrent établirent leurs comptoirs, Ulysse aurait fondé, au 14e siècle avant J.-C., la ville d’Olissipo, le « port enchanteur », à l’origine de Lisbonne.
Ce qui est plus attesté, c’est qu’en 60 avant J.-C., Jules César fit d’Olissipo la ville principale de la province de Lusitanie.
Au IVe siècle, tandis que la chrétienté se diffuse au quatre coins de l’Empire romain, des évêchés sont fondés à Braga et à Evora.
En 711, les Maures envahissent la péninsule ibérique.
En 718, la victoire des Chrétiens sur les Maures à Cavadonga (Asturies) marque le début d’une longue série de batailles de « Reconquête », qui ne s’achèvera qu’en 1249, lorsqu’Alphonse III reprit l’Algarve aux maures et donna au Portugal ses frontières actuelles.
Aujourd’hui encore, le Portugal, sans visible rancune, garde des traces de ces cinq siècles d’occupation, tant dans l’architecture de nombreux bâtiments, dans les ruelles sinueuses des villes et des villages d’Algarve, les pâtisseries à base de figues, d’amandes, d’œufs et de sucre, ou encore dans l’art des Azulejos.
En 1143, le Comte Afonso Henriques établit le royaume de Portucale et devint ainsi son premier roi.
Au XVe siècle, sous l’impulsion d’Henri le Navigateur, troisième fils du roi Jean Ier, débutèrent les grandes expéditions maritimes. Considéré comme la figure la plus importante du début de l’expansion coloniale européenne, il fut à l’origine des premières expéditions en Afrique (prise de Ceuta, à l’entrée du détroit de Gibraltar, en 1415), à Madère (1419) et aux Açores (1427).
En 1488, Bartolomeu Dias dépassa le cap de Bonne-Espérance. Peu après, Christophe Colomb découvrit l’Amérique pour le compte de l’Espagne, en 1492, et Vasco de Gama, l’Inde, en 1498. Enfin, en 1500 Pedro Alvares Cabral découvrit le Brésil.
En 1580, le Portugal fut annexé à la couronne espagnole et ne retrouvera son indépendance qu’en 1640.
Au XIXe siècle, alors que le Brésil devint indépendant (1822), le Portugal développa ses colonies en Afrique : Angola, Mozambique, Cap-Vert, Guinée, Sao Tomé et Principe.
1910 marque l’abolition de la Monarchie et la proclamation de la République portugaise.
En 1926, une dictature militaire fut instaurée au Portugal. Elle prit fin avec la Révolution des Œillets, en 1974. Les colonies portugaises gagnèrent alors leur indépendance dans les années qui suivirent la Révolution.
Le Portugal rejoignit la Communauté économique européenne (la CEE, devenue l’Union européenne en 1993) le 1er janvier 1986.
Rappelons, enfin, que ce singulier petit état, situé à l’extrémité ouest du continent européen, qui fut le premier à partir à la conquête du vaste monde, conserve toujours une grande influence planétaire : le portugais, en effet, figure au palmarès des dix langues les plus parlées dans le monde (6e ou 7e places, selon les divers classements).





